Dépistages santé chez l'adulte : quels examens, à quel âge, à quelle fréquence
Mammographie, frottis, coloscopie, test de Papillomavirus, PSA, mélanome… Le guide des dépistages recommandés chez l'adulte, sourcé aux programmes nationaux HAS et INCa.

Le dépistage, c'est rechercher une maladie avant qu'elle ne donne de symptômes, dans l'espoir de la traiter plus tôt, mieux et plus simplement. Tous les dépistages ne se valent pas : certains sauvent des vies, d'autres sont inutiles voire délétères (surdiagnostic, anxiété, examens inutiles). L'Institut national du cancer (INCa)1 et la Haute Autorité de Santé2 ont évalué et organisé les dépistages qui ont fait la preuve de leur bénéfice.
La logique du dépistage : bénéfice net
Un dépistage ne se justifie que si quatre critères sont réunis :
- La maladie est fréquente et/ou grave.
- Il existe un test fiable, peu invasif, acceptable par la population.
- Un traitement précoce améliore le pronostic.
- Le bénéfice dépasse les risques (faux positifs, surdiagnostic, examens inutiles).
Trois cancers remplissent strictement ces conditions et font l'objet de programmes nationaux de dépistage organisé en France : sein, colorectal, col de l'utérus.
Cancer du sein — 50 à 74 ans
La mammographie tous les 2 ans est proposée à toutes les femmes de 50 à 74 ans sans facteur de risque particulier, dans le cadre du programme national organisé :
- Invitation envoyée automatiquement.
- Prise en charge à 100 % (sans avance de frais).
- Double lecture des clichés par deux radiologues.
En cas d'antécédents familiaux au premier degré ou de prédisposition génétique (BRCA1/BRCA2), le suivi débute plus tôt et peut associer IRM mammaire, sur prescription spécialisée.
Cancer colorectal — 50 à 74 ans
Le dépistage repose sur un test immunologique fécal (FIT) tous les 2 ans, avec une invitation à retirer le kit chez son médecin (ou en pharmacie, dans certaines régions). C'est simple, indolore, réalisable chez soi.
Si le test est positif : une coloscopie est proposée dans le mois. La plupart des tests positifs ne correspondent pas à un cancer (polypes ou lésions bénignes), mais permettent de retirer les polypes avant qu'ils ne dégénèrent.
En cas d'antécédent familial au premier degré, la coloscopie de dépistage débute à 45 ans voire avant, sur avis spécialisé.
Cancer du col de l'utérus — 25 à 65 ans
Le dépistage a changé en 2020 : le test HPV-HR (papillomavirus à haut risque) remplace le frottis classique chez la plupart des femmes.

- 25 à 29 ans : frottis cervico-utérin (examen cytologique) à 25 et 26 ans, puis tous les 3 ans si résultats normaux.
- 30 à 65 ans : test HPV-HR tous les 5 ans.
Chez les femmes vaccinées contre les HPV, le suivi reste identique — la vaccination prévient mais n'élimine pas totalement le risque.
Les autres cancers : dépistage individuel
Cancer de la prostate — PSA
Pas de dépistage organisé. La HAS recommande une discussion individuelle entre 50 et 75 ans (ou dès 40-45 ans en cas d'antécédents familiaux ou d'origine afro-caribéenne). Le dosage du PSA + toucher rectal + échographie au besoin. Les bénéfices et risques (surdiagnostic, traitement d'un cancer non évolutif) doivent être expliqués.
Cancer de la peau
Pas de programme national, mais auto-examen annuel de la peau à tout âge et examen dermatologique dès 50 ans, ou dès 40 ans pour les phototypes clairs, les gros grains de beauté, les antécédents familiaux. La règle ABCDE permet de repérer un mélanome : Asymétrie, Bords irréguliers, Couleur non homogène, Diamètre >6 mm, Évolution.
Cancer du poumon
Le scanner thoracique low-dose annuel est évalué en France pour les gros fumeurs ou anciens fumeurs de 50 à 74 ans. Un programme pilote est en cours de déploiement depuis 2024. En dehors, pas de dépistage recommandé en population générale.
Dépistages cardiovasculaires et métaboliques
Ces dépistages se font en consultation médicale ordinaire, sans invitation spécifique.
- Pression artérielle : tous les 3 ans dès 18 ans, tous les ans dès 40 ans, à chaque consultation chez les personnes à risque.
- Glycémie à jeun : tous les 1 à 3 ans dès 40-45 ans, ou avant en cas de surpoids/antécédents/grossesse précédente avec diabète gestationnel.
- Bilan lipidique (EAL) : première mesure chez l'adulte jeune, répétée tous les 5 ans sauf anomalie ou facteur de risque.
- Indice de masse corporelle (IMC) et tour de taille à chaque consultation.
- Électrocardiogramme : à l'initiation de certains traitements, en cas de symptômes ou dans le cadre d'un bilan cardiovasculaire.
Dépistages par tranche d'âge

Les trois programmes nationaux en un coup d'œil

Mon Bilan Prévention : une nouveauté 2024
Depuis juin 2024, l'Assurance Maladie finance une consultation spécifique de prévention aux âges clés : 18-25 ans, 45-50 ans, 60-65 ans et 70-75 ans. Elle est réalisée par un médecin, sage-femme, infirmier ou pharmacien formé, dure 30 à 45 minutes, sans avance de frais.

Elle passe en revue : habitudes (activité physique, alimentation, sommeil, alcool, tabac), santé mentale, santé sexuelle, dépistages à jour, vaccinations, environnement et, chez les seniors, autonomie et fragilité.
Facteurs de risque qui avancent le début des dépistages
- Antécédents familiaux au premier degré (parents, frères, sœurs).
- Prédisposition génétique documentée (BRCA1/2, syndrome de Lynch).
- Maladies inflammatoires chroniques (rectocolite, Crohn).
- Exposition professionnelle (amiante, rayonnements).
- Tabagisme actif ou ancien (≥ 15 paquets-années).
- Phototype clair, nombreux grains de beauté, coups de soleil dans l'enfance.
Les autres dépistages à ne pas oublier
- Dentaire : consultation annuelle recommandée, prise en charge d'un examen bucco-dentaire (dispositif M'T dents) aux âges clés jusqu'à 24 ans, puis à 45, 50, 55 et 60 ans.
- Auditif : bilan audiométrique dès 60-65 ans et à la demande en cas de gêne.
- Visuel : consultation ophtalmologique tous les 2 à 5 ans selon l'âge et les pathologies associées (diabète, myopie forte, hypertension).
- VIH, IST : test VIH au moins une fois dans la vie (plus souvent selon exposition), dépistage ciblé des IST (chlamydia/gonocoque, hépatite C, syphilis).
- Ostéoporose : ostéodensitométrie chez les femmes ménopausées avec facteurs de risque, ou tout adulte ayant fait une fracture de fragilité.
Ce qu'un dépistage ne remplace pas
Le dépistage n'est pas de la prévention primaire. Il détecte plus tôt, il ne protège pas. Les comportements à faible risque (tabac zéro, alcool modéré, alimentation équilibrée, activité physique, sommeil suffisant, soleil mesuré) restent la première couche de prévention, et leurs bénéfices sont plus larges que ceux de n'importe quel dépistage.
Questions fréquentes
Faut-il vraiment faire toutes les mammographies à partir de 50 ans ?
La mammographie tous les 2 ans entre 50 et 74 ans réduit la mortalité par cancer du sein d'environ 20 % dans les études rigoureuses. Elle expose à un surdiagnostic (cancers qui n'auraient pas évolué) estimé entre 10 et 20 % des cancers détectés. Le bénéfice reste net pour la majorité des femmes, mais la décision peut être individualisée en discussion avec le médecin, surtout après 70 ans.
Le dosage du PSA est-il utile ?
C'est débattu. Le PSA détecte des cancers de la prostate plus tôt mais beaucoup de cancers détectés ne menaceraient pas la vie du patient. Les traitements (prostatectomie, radiothérapie) ont des effets secondaires fréquents (incontinence, troubles sexuels). La HAS recommande une discussion individuelle entre 50 et 75 ans, plus tôt chez les hommes à risque (antécédents familiaux, afro-caribéens).
Le test HPV est-il plus fiable que le frottis ?
Oui, pour les femmes de 30 à 65 ans. Le test HPV-HR a une meilleure sensibilité que la cytologie classique et permet d'espacer les contrôles (tous les 5 ans au lieu de 3). La HAS et l'Europe l'ont adopté comme test de première intention à partir de 30 ans depuis 2020.
Le test de sang dans les selles peut-il être faussement positif ?
Oui. Le test immunologique fécal (FIT) est conçu pour être très sensible, donc il détecte aussi des saignements non cancéreux (hémorroïdes, polypes bénins, diverticules). C'est pour cette raison qu'en cas de positivité, une coloscopie est recommandée. La coloscopie confirme le diagnostic et permet de retirer les lésions précancéreuses dans le même temps.
À partir de quel âge faut-il faire sa première coloscopie ?
Chez les personnes sans antécédents, la coloscopie n'est proposée qu'après un test FIT positif, dans le cadre du dépistage organisé (50-74 ans). Chez les personnes avec antécédent familial au premier degré, la coloscopie débute vers 45 ans ou 10 ans avant l'âge du diagnostic du parent. En cas de prédisposition génétique (syndrome de Lynch, polypose), la surveillance débute bien plus tôt, sous avis spécialisé.
Quelle différence entre bilan de santé et Mon Bilan Prévention ?
Le bilan de santé classique (examen de santé gratuit proposé par l'Assurance Maladie) est un ensemble d'examens (biologie, ECG, tests de vision/audition, consultation) réalisés dans un centre agréé, accessible à tout assuré. Mon Bilan Prévention est une consultation dédiée à la prévention, ciblée sur les âges clés, réalisée par un professionnel de proximité, sans examens complémentaires systématiques.
Les bilans biologiques annuels sont-ils nécessaires ?
Non, un "bilan complet" annuel n'est pas recommandé en l'absence de symptômes ou de pathologie. La HAS privilégie des examens ciblés selon l'âge et les facteurs de risque. Les bilans inutiles exposent à des faux positifs, à de l'anxiété et à des examens complémentaires en cascade. Mieux vaut une consultation annuelle de prévention avec le médecin traitant qu'une prise de sang exhaustive systématique.
Aller plus loin
- Hypertension artérielle3 — La mesure régulière de la tension est le premier dépistage cardiovasculaire.
- Diabète de type 24 — Le dépistage par glycémie à jeun est recommandé tous les 1 à 3 ans après 45 ans.
- Cholestérol LDL / HDL5 — Le bilan lipidique fait partie des dépistages cardiovasculaires recommandés.
Sources et références
- INCa — Comprendre, prévenir, dépister les cancers6
- HAS — Dépistages et prévention7
- Ameli.fr — Mon Bilan Prévention8
- Santé publique France — Dépistage des cancers9
- OMS — Dépistage et détection précoce10
- Société française de dermatologie — Auto-examen de la peau11
Recommandations de la Société française de dermatologie sur l'auto-examen de la peau et le repérage des lésions suspectes.
Réponses aux questions les plus courantes
<p>La mammographie tous les 2 ans entre 50 et 74 ans réduit la mortalité par cancer du sein d'environ 20 % dans les études rigoureuses. Elle expose à un <strong>surdiagnostic</strong> (cancers qui n'auraient pas évolué) estimé entre 10 et 20 % des cancers détectés. Le bénéfice reste net pour la majorité des femmes, mais la décision peut être individualisée en discussion avec le médecin, surtout après 70 ans.</p>
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Sourcé auprès d'autorités indépendantes
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.
Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.
Dernière révision éditoriale : .