Parodontite et gingivite : reconnaître, diagnostiquer, traiter
50 % des 35-44 ans ont une parodontite, première cause de perte dentaire après 40 ans. Gingivite réversible vs parodontite séquellaire, sondage, détartrage, surfaçage, lien avec diabète et cardio. Sources HAS, SFPIO, Ameli.
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La maladie parodontale est une inflammation chronique des tissus de soutien de la dent (gencive, ligament, cément, os alvéolaire) déclenchée par un biofilm bactérien mal contrôlé. Elle évolue en deux stades majeurs — gingivite (réversible) puis parodontite (séquellaire) — et partage avec le diabète et les maladies cardiovasculaires des mécanismes inflammatoires communs désormais bien démontrés.
50 %
Adultes de 35-44 ans avec parodontite
HAS, SFPIO
1ʳᵉ
Cause de perte dentaire après 40 ans
HAS
×2–3
Risque cardiovasculaire en parodontite sévère non traitée
Méta-analyse BMJ, 2020
+0,4–0,8
Hausse de l'HbA1c liée à une parodontite active
EFP/AAP Joint Workshop, 2018
Gingivite vs parodontite — deux maladies, deux prises en charge
Gingivite (réversible) vs parodontite (séquellaire)
Caractéristique
Gingivite
Parodontite
Tissus touchés
Gencive seule — inflammation superficielle
Gencive + ligament + os alvéolaire
Saignement
Oui, au brossage (provoqué)
Oui, spontané + au sondage
Perte osseuse radiographique
Non
Oui (visible sur panoramique / rétro-alvéolaire)
Poches parodontales
Absentes (< 3 mm)
Présentes (≥ 4 mm, parfois 7-8 mm ou plus)
Mobilité dentaire
Aucune
Croissante selon le stade
Réversibilité
Complète avec brossage et détartrage
Stabilisation possible ; destructions osseuses irréversibles
Traitement
Instruction brossage + détartrage
Surfaçage radiculaire, parfois chirurgie, maintenance à vie
Sources : HAS (2002), SFPIO, EFP/AAP classification 2018.
Les signes d'alerte à ne jamais banaliser
Gencive rouge, gonflée, brillante — au lieu d'un rose pâle ferme et piqueté ;
Récession gingivale (« les dents paraissent plus longues ») ;
Mauvais goût persistant, mauvaise haleine ;
Mobilité dentaire à un stade avancé — une dent qui « bouge » ;
Suppuration (pus) au sondage ou à la pression ;
Migration dentaire : dents qui s'écartent, apparition d'espaces inédits entre les dents.
La sonde parodontale graduée mesure en millimètres la profondeur du sillon gingival ; au-delà de 3 mm, on parle de poche parodontale — première anomalie à documenter.
Le diagnostic — sondage parodontal et radiographie
Le sondage parodontal est l'examen-clé, simple, indolore chez une gencive saine mais sensible en présence d'inflammation :
Une sonde graduée millimétrée est glissée entre la gencive et la dent ;
La profondeur du sillon est mesurée en 6 points par dent (3 vestibulaire + 3 lingual/palatin) ;
Au-delà de 3 mm = poche parodontale ;
≥ 5 mm = poche significative ;
≥ 7 mm = parodontite sévère.
Complété par :
Indice de saignement au sondage (BoP — Bleeding on Probing) ;
Récession gingivale mesurée (distance jonction amélo-cémentaire à bord gingival) ;
Radiographie panoramique + rétro-alvéolaires : visualisation de la perte osseuse, des tartres sous-gingivaux, des lésions périapicales associées ;
Mobilité dentaire (Miller 0 à 3).
Classification actuelle — EFP/AAP 2018
La nouvelle classification parodontale internationale (2018), adoptée en France, distingue :
Stades et grades EFP/AAP 2018
Stade (sévérité) + grade (vitesse de progression + facteurs de risque).
Stade I — précoce — Perte osseuse < 15 % ou perte d'attache de 1-2 mm. Aucune dent perdue par la maladie.
Stade II — modéré — Perte osseuse 15-33 % ; perte d'attache 3-4 mm ; pas de perte dentaire attribuable.
Stade III — sévère — Perte osseuse > 33 %, perte d'attache ≥ 5 mm, mobilité, perte de ≤ 4 dents.
Stade IV — avancé — Perte de ≥ 5 dents, masticatoire compromise, besoin de réhabilitation prothétique complexe.
Sources : EFP/AAP (2018), SFPIO.
À quoi s'ajoute un grade A (lent), B (modéré), C (rapide) selon la vitesse de progression et les facteurs de risque (tabac, diabète).
Traitement — les 4 phases classiques
La maintenance parodontale tous les 3 à 4 mois — contrôle du biofilm, détartrage ciblé, réinstruction d'hygiène — conditionne la stabilisation au long cours.
Le lien parodontite ↔ diabète / cardio
La corrélation est désormais reconnue et bidirectionnelle :
Parodontite vers diabète — l'inflammation chronique systémique perturbe la résistance à l'insuline ; HbA1c augmentée de 0,4 à 0,8 % en parodontite active.
Diabète vers parodontite — l'hyperglycémie favorise le biofilm, altère la cicatrisation gingivale, accélère la perte osseuse.
Parodontite vers cardiovasculaire — bactériémie chronique, inflammation systémique, activation plaquettaire ; risque CV x2-3 en parodontite sévère non traitée (méta-analyse BMJ 2020).
Parodontite et grossesse — risque accru d'accouchement prématuré (études Cochrane).
Conséquence pratique : tout diabétique ou patient à risque CV doit bénéficier d'un dépistage parodontal annuel.
Brossage 2 × 2 min au dentifrice fluoré 1 450 ppm ;
Nettoyage interdentaire quotidien (fil ou brossette selon espaces) ;
Contrôle annuel chez le chirurgien-dentiste (semestriel si facteurs de risque) ;
Arrêt du tabac — x3-5 le risque de parodontite ;
Contrôle glycémique chez le diabétique.
Questions fréquentes
Ma gencive saigne au brossage — dois-je m'inquiéter ?
Oui. Un saignement gingival au brossage n'est jamais normal et signe au minimum une gingivite. La bonne conduite est de ne pas cesser le brossage (le saignement va paradoxalement diminuer après 1 à 2 semaines de brossage + interdentaire quotidien rigoureux), et de consulter en parallèle pour un détartrage et un bilan parodontal. Si le saignement persiste, il peut s'agir d'une parodontite débutante — un sondage parodontal le précisera.
La parodontite se guérit-elle ?
Non au sens strict : la perte osseuse est irréversible. Mais la maladie se stabilise avec un traitement bien conduit + maintenance à vie : arrêt de la progression, réduction des poches résiduelles, conservation des dents. L'objectif devient « zéro destruction nouvelle » plutôt que « retour à la normale ». Sans maintenance trimestrielle / quadrimestrielle, la maladie récidive dans 60-80 % des cas.
Le détartrage annuel suffit-il à prévenir la parodontite ?
Chez un patient sans parodontite déclarée, oui — le détartrage annuel + brossage correct + interdentaire quotidien sont efficaces. Chez un patient avec parodontite connue, non : un rythme de maintenance tous les 3 à 4 mois est nécessaire pour empêcher la récidive, réorganiser le biofilm et détecter précocement les poches résiduelles. Le rythme exact est adapté selon la sévérité initiale, la qualité de l'hygiène et les facteurs de risque.
Le tabac aggrave-t-il la parodontite ?
Oui massivement. Le tabac multiplie le risque de parodontite par 3 à 5, accélère la destruction osseuse, altère la cicatrisation post-chirurgicale, masque le saignement (vasoconstriction — le diagnostic est retardé), et compromet le succès des implants dentaires ultérieurs. L'arrêt du tabac fait autant que le meilleur traitement parodontal : le risque de progression diminue nettement en 2 à 5 ans d'arrêt. Aide au sevrage par le médecin traitant.
Ai-je besoin d'antibiotiques pour traiter ma parodontite ?
Rarement en première intention. Le traitement mécanique (détartrage + surfaçage radiculaire) suffit dans la grande majorité des parodontites chroniques. Les antibiotiques systémiques (amoxicilline + métronidazole) sont réservés aux formes agressives (parodontites de stade III grade C, patient jeune, progression rapide), aux formes abcédées ou réfractaires. Leur usage doit être ciblé — la résistance bactérienne impose une prescription raisonnée.
<p>Oui. Un saignement gingival au brossage n'est <strong>jamais normal</strong> et signe au minimum une gingivite. La bonne conduite est de <strong>ne pas cesser le brossage</strong> (le saignement va paradoxalement diminuer après 1 à 2 semaines de brossage + interdentaire quotidien rigoureux), et de consulter en parallèle pour un détartrage et un bilan parodontal. Si le saignement persiste, il peut s'agir d'une parodontite débutante — un sondage parodontal le précisera.</p>
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.