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    Mode de vie sain 9 min de lecture

    Parodontite et gingivite : reconnaître, diagnostiquer, traiter

    50 % des 35-44 ans ont une parodontite, première cause de perte dentaire après 40 ans. Gingivite réversible vs parodontite séquellaire, sondage, détartrage, surfaçage, lien avec diabète et cardio. Sources HAS, SFPIO, Ameli.

    Publié le 22 avril 2026Mis à jour le 22 avr. 20260 vues0 commentaires
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    ParBilal YIKILMAZ·Rédacteur & éditeur
    SelonHASINSERMOMSPolitique éditoriale
    Mis à jour le 22 avril 2026
    Parodontite et gingivite : reconnaître, diagnostiquer, traiter

    La maladie parodontale est une inflammation chronique des tissus de soutien de la dent (gencive, ligament, cément, os alvéolaire) déclenchée par un biofilm bactérien mal contrôlé. Elle évolue en deux stades majeurs — gingivite (réversible) puis parodontite (séquellaire) — et partage avec le diabète et les maladies cardiovasculaires des mécanismes inflammatoires communs désormais bien démontrés.

    50 %
    Adultes de 35-44 ans avec parodontite
    HAS, SFPIO
    1ʳᵉ
    Cause de perte dentaire après 40 ans
    HAS
    ×2–3
    Risque cardiovasculaire en parodontite sévère non traitée
    Méta-analyse BMJ, 2020
    +0,4–0,8
    Hausse de l'HbA1c liée à une parodontite active
    EFP/AAP Joint Workshop, 2018

    Gingivite vs parodontite — deux maladies, deux prises en charge

    Gingivite (réversible) vs parodontite (séquellaire)
    Caractéristique Gingivite Parodontite
    Tissus touchés Gencive seule — inflammation superficielle Gencive + ligament + os alvéolaire
    Saignement Oui, au brossage (provoqué) Oui, spontané + au sondage
    Perte osseuse radiographique Non Oui (visible sur panoramique / rétro-alvéolaire)
    Poches parodontales Absentes (< 3 mm) Présentes (≥ 4 mm, parfois 7-8 mm ou plus)
    Mobilité dentaire Aucune Croissante selon le stade
    Réversibilité Complète avec brossage et détartrage Stabilisation possible ; destructions osseuses irréversibles
    Traitement Instruction brossage + détartrage Surfaçage radiculaire, parfois chirurgie, maintenance à vie
    Sources : HAS (2002), SFPIO, EFP/AAP classification 2018.

    Les signes d'alerte à ne jamais banaliser

    Saignement au brossage : signal n°1

    Un saignement gingival au brossage, même léger, n'est jamais normal. Il signe une gingivite et impose :

    • De ne pas cesser le brossage, mais d'améliorer la technique (BASS, souple, 2 minutes) ;
    • D'ajouter un passage interdentaire quotidien ;
    • De consulter sous 2 semaines si le saignement persiste.

    Retarder la consultation laisse évoluer la gingivite vers une parodontite avec destruction osseuse irréversible.

    • Gencive rouge, gonflée, brillante — au lieu d'un rose pâle ferme et piqueté ;
    • Récession gingivale (« les dents paraissent plus longues ») ;
    • Mauvais goût persistant, mauvaise haleine ;
    • Mobilité dentaire à un stade avancé — une dent qui « bouge » ;
    • Suppuration (pus) au sondage ou à la pression ;
    • Migration dentaire : dents qui s'écartent, apparition d'espaces inédits entre les dents.
    Sonde parodontale graduée, miroir d'examen, carnet de charting parodontal vide et stylo posés sur un bureau de cabinet dentaire
    La sonde parodontale graduée mesure en millimètres la profondeur du sillon gingival ; au-delà de 3 mm, on parle de poche parodontale — première anomalie à documenter.

    Le diagnostic — sondage parodontal et radiographie

    Le sondage parodontal est l'examen-clé, simple, indolore chez une gencive saine mais sensible en présence d'inflammation :

    1. Une sonde graduée millimétrée est glissée entre la gencive et la dent ;
    2. La profondeur du sillon est mesurée en 6 points par dent (3 vestibulaire + 3 lingual/palatin) ;
    3. Au-delà de 3 mm = poche parodontale ;
    4. ≥ 5 mm = poche significative ;
    5. ≥ 7 mm = parodontite sévère.

    Complété par :

    • Indice de saignement au sondage (BoP — Bleeding on Probing) ;
    • Récession gingivale mesurée (distance jonction amélo-cémentaire à bord gingival) ;
    • Radiographie panoramique + rétro-alvéolaires : visualisation de la perte osseuse, des tartres sous-gingivaux, des lésions périapicales associées ;
    • Mobilité dentaire (Miller 0 à 3).

    Classification actuelle — EFP/AAP 2018

    La nouvelle classification parodontale internationale (2018), adoptée en France, distingue :

    Stades et grades EFP/AAP 2018
    Stade (sévérité) + grade (vitesse de progression + facteurs de risque).
    Stade I — précoce — Perte osseuse < 15 % ou perte d'attache de 1-2 mm. Aucune dent perdue par la maladie.
    Stade II — modéré — Perte osseuse 15-33 % ; perte d'attache 3-4 mm ; pas de perte dentaire attribuable.
    Stade III — sévère — Perte osseuse > 33 %, perte d'attache ≥ 5 mm, mobilité, perte de ≤ 4 dents.
    Stade IV — avancé — Perte de ≥ 5 dents, masticatoire compromise, besoin de réhabilitation prothétique complexe.
    Sources : EFP/AAP (2018), SFPIO.

    À quoi s'ajoute un grade A (lent), B (modéré), C (rapide) selon la vitesse de progression et les facteurs de risque (tabac, diabète).

    Traitement — les 4 phases classiques

    Phase 1 — Étiologique (essentielle)
    • Information et motivation du patient ;
    • Enseignement d'une technique de brossage adaptée (BASS, brossettes) ;
    • Détartrage supragingival complet ;
    • Arrêt du tabac (facteur aggravant majeur) ;
    • Équilibre du diabète si applicable.

    Réévaluation à 6 semaines : si le BoP et les poches résiduelles sont peu nombreux (≤ 10 % BoP), on passe en maintenance. Si pas d'amélioration, phase 2.

    Phase 2 — Correctrice non chirurgicale

    Surfaçage radiculaire sous anesthésie locale, par quadrants ou en « full mouth » sur 24 heures : élimination du tartre et des dépôts sous-gingivaux, lissage des surfaces radiculaires. Parfois complétée par antiseptiques locaux (chlorhexidine gel, doxycycline locale) ou antibiothérapie systémique (amoxicilline + métronidazole) dans les formes agressives ou associées à une bactériologie particulière.

    Phase 3 — Chirurgicale (si résiduelle)

    Indiquée si poches ≥ 6 mm persistantes, lésions infra-osseuses, atteintes de furcation. Techniques : lambeau d'assainissement, régénération tissulaire guidée (RTG) avec membranes, greffes osseuses ou gingivales, bio-matériaux (protéines de la matrice de l'émail — Emdogain). Sélection du patient rigoureuse : arrêt du tabac, hygiène irréprochable, motivation.

    Phase 4 — Maintenance à vie

    Contrôle et nettoyage tous les 3 à 4 mois (vs annuel chez le patient non parodontite). Indispensable : sans maintenance, le biofilm se reforme et la maladie récidive. Le patient reste à vie sur un « rail de surveillance ».

    Carnet de suivi de maintenance parodontale ouvert avec colonnes de contrôles trimestriels, stylo et brosse à dents souple posés sur un plan de salle de bain
    La maintenance parodontale tous les 3 à 4 mois — contrôle du biofilm, détartrage ciblé, réinstruction d'hygiène — conditionne la stabilisation au long cours.

    Le lien parodontite ↔ diabète / cardio

    La corrélation est désormais reconnue et bidirectionnelle :

    • Parodontite vers diabète — l'inflammation chronique systémique perturbe la résistance à l'insuline ; HbA1c augmentée de 0,4 à 0,8 % en parodontite active.
    • Diabète vers parodontite — l'hyperglycémie favorise le biofilm, altère la cicatrisation gingivale, accélère la perte osseuse.
    • Parodontite vers cardiovasculaire — bactériémie chronique, inflammation systémique, activation plaquettaire ; risque CV x2-3 en parodontite sévère non traitée (méta-analyse BMJ 2020).
    • Parodontite et grossesse — risque accru d'accouchement prématuré (études Cochrane).

    Conséquence pratique : tout diabétique ou patient à risque CV doit bénéficier d'un dépistage parodontal annuel.

    Coûts et remboursement

    • Détartrage supragingival : 30 € environ, remboursé 70 %.
    • Surfaçage radiculaire par quadrant : non remboursé ou partiellement (débat 2024-2026 sur l'inscription CCAM). Coût 150-300 € par quadrant.
    • Chirurgie parodontale : 400 à 1 200 € par secteur selon la technique, non remboursée.
    • Maintenance tous les 3-4 mois : 30-80 € selon étendue, partiellement remboursée.

    Prévention au quotidien

    Les gestes efficaces (voir aussi Prévention des caries1) :

    • Brossage 2 × 2 min au dentifrice fluoré 1 450 ppm ;
    • Nettoyage interdentaire quotidien (fil ou brossette selon espaces) ;
    • Contrôle annuel chez le chirurgien-dentiste (semestriel si facteurs de risque) ;
    • Arrêt du tabac — x3-5 le risque de parodontite ;
    • Contrôle glycémique chez le diabétique.

    Questions fréquentes

    Ma gencive saigne au brossage — dois-je m'inquiéter ?

    Oui. Un saignement gingival au brossage n'est jamais normal et signe au minimum une gingivite. La bonne conduite est de ne pas cesser le brossage (le saignement va paradoxalement diminuer après 1 à 2 semaines de brossage + interdentaire quotidien rigoureux), et de consulter en parallèle pour un détartrage et un bilan parodontal. Si le saignement persiste, il peut s'agir d'une parodontite débutante — un sondage parodontal le précisera.

    La parodontite se guérit-elle ?

    Non au sens strict : la perte osseuse est irréversible. Mais la maladie se stabilise avec un traitement bien conduit + maintenance à vie : arrêt de la progression, réduction des poches résiduelles, conservation des dents. L'objectif devient « zéro destruction nouvelle » plutôt que « retour à la normale ». Sans maintenance trimestrielle / quadrimestrielle, la maladie récidive dans 60-80 % des cas.

    Le détartrage annuel suffit-il à prévenir la parodontite ?

    Chez un patient sans parodontite déclarée, oui — le détartrage annuel + brossage correct + interdentaire quotidien sont efficaces. Chez un patient avec parodontite connue, non : un rythme de maintenance tous les 3 à 4 mois est nécessaire pour empêcher la récidive, réorganiser le biofilm et détecter précocement les poches résiduelles. Le rythme exact est adapté selon la sévérité initiale, la qualité de l'hygiène et les facteurs de risque.

    Le tabac aggrave-t-il la parodontite ?

    Oui massivement. Le tabac multiplie le risque de parodontite par 3 à 5, accélère la destruction osseuse, altère la cicatrisation post-chirurgicale, masque le saignement (vasoconstriction — le diagnostic est retardé), et compromet le succès des implants dentaires ultérieurs. L'arrêt du tabac fait autant que le meilleur traitement parodontal : le risque de progression diminue nettement en 2 à 5 ans d'arrêt. Aide au sevrage par le médecin traitant.

    Ai-je besoin d'antibiotiques pour traiter ma parodontite ?

    Rarement en première intention. Le traitement mécanique (détartrage + surfaçage radiculaire) suffit dans la grande majorité des parodontites chroniques. Les antibiotiques systémiques (amoxicilline + métronidazole) sont réservés aux formes agressives (parodontites de stade III grade C, patient jeune, progression rapide), aux formes abcédées ou réfractaires. Leur usage doit être ciblé — la résistance bactérienne impose une prescription raisonnée.

    Aller plus loin

    • Santé bucco-dentaire de l'adulte2 — Pilier de référence : caries, parodontite, brossage, fluor, bruxisme, implants.
    • Prévention des caries chez l'adulte1 — Hygiène bucco-dentaire : technique de brossage BASS, interdentaire quotidien — socle commun de la prévention.
    • Diabète de type 23 — Lien parodontite ↔ diabète bidirectionnel : une parodontite non traitée fait monter l'HbA1c.
    • Santé cardiovasculaire de l'adulte4 — Parodontite sévère non traitée = risque CV multiplié par 2-3 (BMJ 2020).
    • Burnout : reconnaître et agir5 — Le stress chronique (burnout) aggrave le bruxisme et la réponse inflammatoire parodontale.

    Sources et références

    • HAS — Parodontites : diagnostic et prise en charge (recommandation 2002, référence)6
      Recommandations HAS de référence : sondage parodontal, détartrage-surfaçage, maintenance, chirurgie d'assainissement.
    • SFPIO — Société Française de Parodontologie et d'Implantologie Orale7
      Société savante française : guidelines, adoption de la classification EFP/AAP 2018, position sur la maintenance.
    • Ameli — Gingivite et parodontite8
      Fiches Assurance Maladie : signes, traitement, remboursement, parcours de soins.
    • INSERM — Santé bucco-dentaire et maladies chroniques (parodontite / diabète / cardio)9
      Dossier INSERM : démonstration du lien bidirectionnel entre parodontite, diabète et maladies cardiovasculaires.
    • EFP — European Federation of Periodontology : guidelines 202010
      Recommandations européennes de bonne pratique : traitement des parodontites stades I-IV, approche évidence-based.
    Questions Fréquentes

    Réponses aux questions les plus courantes

    <p>Oui. Un saignement gingival au brossage n'est <strong>jamais normal</strong> et signe au minimum une gingivite. La bonne conduite est de <strong>ne pas cesser le brossage</strong> (le saignement va paradoxalement diminuer après 1 à 2 semaines de brossage + interdentaire quotidien rigoureux), et de consulter en parallèle pour un détartrage et un bilan parodontal. Si le saignement persiste, il peut s'agir d'une parodontite débutante — un sondage parodontal le précisera.</p>

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    Sourcé auprès d'autorités indépendantes

    Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.

    Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.

    Dernière révision éditoriale : 22 avril 2026.

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    Bilal YIKILMAZ

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    Mode de vie sain
    Publié
    22 avril 2026
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