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    Mode de vie sain 9 min de lecture

    AOMI et claudication intermittente : diagnostic, IPS et traitement

    Artériopathie oblitérante des membres inférieurs : claudication intermittente, mesure de l'IPS < 0,9, stades Leriche-Fontaine, traitement médical, kiné vasculaire et revascularisation. Sources HAS, SFMV, INSERM.

    Publié le 21 avril 2026Mis à jour le 21 avr. 20260 vues0 commentaires
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    ParBilal YIKILMAZ·Rédacteur & éditeur
    SelonHASINSERMOMSPolitique éditoriale
    Mis à jour le 21 avril 2026
    AOMI et claudication intermittente : diagnostic, IPS et traitement

    L'artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) résulte de l'athérosclérose des artères des jambes, qui réduit progressivement le flux sanguin à l'effort puis au repos. Fortement liée au tabagisme et au diabète, elle est un marqueur majeur de risque cardiovasculaire global : 40 % des patients AOMI mourront d'un événement coronarien ou d'un AVC dans les 10 ans. Son diagnostic précoce est donc doublement utile — pour le membre concerné et pour le pronostic systémique.

    800 000
    Adultes atteints d'AOMI en France
    Santé publique France, 2022
    < 0,9
    Seuil IPS diagnostique d'AOMI
    HAS, ESC 2017
    ×3
    Augmentation du risque d'infarctus et d'AVC
    INSERM
    80 %
    Patients AOMI avec antécédent de tabagisme
    SFMV

    La claudication intermittente — le signe cardinal

    La claudication intermittente est une douleur musculaire de la jambe, survenant pendant la marche, qui oblige à s'arrêter puis cède en 2 à 5 minutes au repos. Elle est caractérisée par :

    • Localisation selon le niveau de l'atteinte : mollet (artère fémoro-poplitée, la plus fréquente), cuisse (iliofémorale), fesse et cuisse (syndrome de Leriche — aorto-iliaque).
    • Distance de marche reproductible : périmètre de marche constant (ex. 200 mètres en terrain plat).
    • Apparition aggravée par la vitesse, la pente ou le froid.
    • Disparition rapide en quelques minutes dès l'arrêt — à la différence de la sciatique.
    • Absence au repos dans les stades modérés.

    À un stade avancé, apparaissent des douleurs de décubitus (jambe en dehors du lit pour soulager), puis des troubles trophiques : ulcères artériels des orteils ou du talon, nécrose, gangrène. Ces tableaux définissent l'ischémie critique chronique des membres inférieurs (ICCMI) qui justifie une revascularisation en urgence.

    Les stades de Leriche-Fontaine

    Classification Leriche-Fontaine de l'AOMI
    Classification clinique historique (1954) toujours utilisée en France pour stratifier la sévérité et guider la stratégie thérapeutique.
    Stade I — asymptomatique
    • Abolition d'un pouls périphérique, IPS < 0,9
    • Pas de symptôme — diagnostic par dépistage
    • Traitement préventif : antiagrégant, statine, arrêt tabac
    • Bilan cardiovasculaire global
    Stade II — claudication intermittente
    • IIA : périmètre > 200 m (claudication légère)
    • IIB : périmètre < 200 m (claudication gênante)
    • Traitement médical + kiné vasculaire supervisée
    • Revascularisation si gêne sociale ou professionnelle
    Stade III — douleur de décubitus
    • Douleur au repos, soulagée jambe pendante
    • Ischémie critique chronique
    • Revascularisation à discuter en urgence relative
    • Risque élevé d'amputation si non traité
    Stade IV — troubles trophiques
    • Ulcère artériel, nécrose, gangrène
    • Revascularisation en urgence
    • Risque d'amputation majeure 20-30 %
    • Hospitalisation en chirurgie vasculaire
    Sources : HAS (2022), SFMV, ESC 2017.
    Médecin vasculaire examinant les pieds d'un patient assis sur une table d'examen, sonde Doppler de poche en main
    La mesure de l'IPS au Doppler de poche est réalisable en consultation en moins de 10 minutes — examen clé du diagnostic d'AOMI.

    Le diagnostic — IPS et écho-doppler

    Le diagnostic repose sur deux examens complémentaires, parfois réalisés en consultation de médecine vasculaire :

    • Index de pression systolique (IPS) — rapport pression cheville / pression bras. Mesuré avec un tensiomètre et une sonde Doppler de poche. Normal : 1,00-1,40. Abaissé : < 0,9 → AOMI. Très abaissé : < 0,5 → ischémie critique. Très élevé (> 1,4) : médiacalcose du diabétique ou de l'insuffisant rénal, ininterprétable.
    • Écho-doppler artériel des membres inférieurs — cartographie précise les lésions, mesure les vitesses et quantifie les sténoses.
    • Angioscanner ou angio-IRM — bilan pré-interventionnel pour le chirurgien vasculaire ou le radiologue interventionnel.
    • Mesure de la pression transcutanée en O₂ (TcPO₂) — utile en ischémie critique pour évaluer la viabilité tissulaire.

    Le traitement — médical avant tout

    Le traitement repose d'abord sur la prise en charge médicale optimale, essentielle quel que soit le stade :

    • Arrêt total du tabac — premier traitement, non négociable. Seul geste à doubler le périmètre de marche en 6 mois.
    • Kinésithérapie vasculaire supervisée — 3 séances de 30 à 45 minutes par semaine pendant 3 mois. Améliore le périmètre de marche de 50 à 200 % (méta-analyse Cochrane).
    • Antiagrégant plaquettaire — aspirine 75 mg/jour ou clopidogrel 75 mg/jour à vie (prévention des événements cardiovasculaires).
    • Statine à haute intensité — cible LDL < 0,55 g/L (prévention secondaire très haut risque, ESC 2019).
    • Contrôle des facteurs de risque — HTA < 130/80 mmHg, HbA1c < 7 % chez le diabétique, poids.
    • Chaussage adapté et soin des pieds rigoureux (surtout chez le diabétique).

    La revascularisation — quand et comment

    Angioplastie endovasculaire vs pontage chirurgical en AOMI
    Critère Angioplastie + stent Pontage chirurgical
    Voie d'abord Percutanée (artère fémorale) Chirurgie ouverte
    Anesthésie Locale Générale ou péridurale
    Durée hospitalisation 1-2 jours 5-10 jours
    Indication principale Sténoses courtes, iliaques, poplitées Occlusions longues, pontages fémoro-poplités
    Perméabilité à 3 ans 60-80 % 70-85 %
    Morbi-mortalité périopératoire < 1 % 2-5 %
    Sources : ESC 2017, SFMV, HAS (2022).

    La revascularisation est discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) vasculaire pour les stades IIB gênants et systématique aux stades III et IV. L'angioplastie endovasculaire avec stent est privilégiée en première intention pour les lésions courtes. Le pontage (fémoro-poplité, fémoro-jambier) reste indiqué pour les occlusions longues ou multiples.

    Ischémie aiguë de membre — urgence absolue

    L'ischémie aiguë de membre (douleur intense et brutale, pâleur, refroidissement, paralysie, absence de pouls distal — règle des 5 P) est une urgence chirurgicale absolue : le membre peut être perdu en 4 à 6 heures. Appeler le 15 sans délai. Ne pas réchauffer activement, ne pas masser, garder le membre à l'horizontale. L'hospitalisation en chirurgie vasculaire permet une revascularisation par thrombectomie, thrombolyse locale ou pontage en urgence. Cette situation se rencontre chez le patient avec FA non anticoagulée (embole artériel) ou en cas de thrombose sur athérome préexistant.

    Le pronostic — un marqueur cardiovasculaire global

    L'AOMI n'est pas qu'une maladie du membre : c'est un marqueur majeur de risque cardiovasculaire systémique. Selon l'étude REACH, un patient AOMI a un risque d'infarctus, d'AVC ou de décès cardiovasculaire multiplié par 3 à 4 par rapport à la population générale. Près de 40 % des patients AOMI décèderont d'un événement coronarien ou cérébral dans les 10 ans. Le dépistage d'un AOMI doit donc systématiquement déclencher un bilan cardiovasculaire complet : recherche de coronaropathie silencieuse, évaluation de la fonction ventriculaire, écho-doppler des troncs supra-aortiques à la recherche d'une atteinte carotidienne.

    Patient marchant sur un tapis roulant supervisé par un kinésithérapeute lors d'une séance de kiné vasculaire
    La kiné vasculaire supervisée, 3 fois par semaine pendant 12 semaines, double le périmètre de marche chez 70 % des patients.

    La kiné vasculaire supervisée — un traitement efficace

    La kinésithérapie vasculaire, bien qu'insuffisamment prescrite en France, est le traitement conservateur le plus efficace de la claudication intermittente après l'arrêt du tabac. Le protocole validé comporte 3 séances hebdomadaires de 30 à 45 minutes pendant 12 semaines, sur tapis roulant à vitesse et inclinaison progressives, avec atteinte de la douleur modérée suivie de récupération. Ce type de programme, encadré par un kinésithérapeute ou un éducateur médico-sportif formé, double le périmètre de marche chez 70 % des patients selon les méta-analyses Cochrane. À domicile, la marche régulière quotidienne (1 heure par jour si possible) constitue un relais durable.

    Questions fréquentes

    La claudication intermittente est-elle toujours due à une AOMI ?

    Non. Les principaux diagnostics différentiels sont la sciatique (douleur en trajet nerveux, pas de seuil de marche), le canal lombaire étroit (douleur en marche aggravée par l'hyperlordose, soulagée penché en avant), les tendinopathies et l'arthrose de hanche. La mesure de l'IPS permet de trancher en quelques minutes.

    L'arrêt du tabac améliore-t-il vraiment le périmètre de marche ?

    Oui. L'arrêt du tabac est la mesure la plus efficace : il double en moyenne le périmètre de marche en 6 mois par amélioration de la microcirculation et du transport de l'oxygène. Il réduit aussi de 50 % le risque d'amputation à 5 ans et diminue la mortalité cardiovasculaire de 36 %. C'est le geste unique le plus important dans la prise en charge.

    Peut-on faire du sport en AOMI ?

    Oui, et c'est recommandé dès le stade II (claudication). La marche quotidienne (1 heure si possible, fractionnée), le vélo, la natation et la gymnastique douce sont particulièrement adaptés. La règle est d'atteindre la douleur modérée, puis de récupérer. L'effort stimule la formation de collatérales artérielles (microcirculation de suppléance) et améliore la tolérance musculaire.

    L'AOMI peut-elle entraîner une amputation ?

    Oui, mais seulement dans les formes avancées (stades III et IV) non prises en charge. Aux stades I et II, le risque d'amputation à 5 ans est inférieur à 3 % avec un traitement médical optimal. En ischémie critique (stades III-IV), le risque monte à 20-30 % sans revascularisation, et à 5-10 % avec une prise en charge vasculaire spécialisée rapide.

    Faut-il dépister l'AOMI sans symptôme ?

    Un dépistage par IPS est recommandé par la HAS chez les patients à haut risque cardiovasculaire : fumeurs ou ex-fumeurs, diabétiques de plus de 50 ans, hypertendus, dyslipidémiques, patients coronariens ou avec antécédent d'AVC. Un IPS < 0,9 asymptomatique reclasse le patient en prévention cardiovasculaire secondaire et justifie l'intensification du traitement préventif.

    Aller plus loin

    • Santé cardiovasculaire de l'adulte1 — Pillar de référence : grandes pathologies cardiovasculaires et prévention.
    • Hypertension artérielle2 — Facteur de risque majeur d'AOMI — contrôle tensionnel et prévention.
    • Cholestérol LDL et HDL3 — Cible LDL < 0,55 g/L en prévention secondaire chez le patient AOMI.
    • Infarctus du myocarde : symptômes et urgence4 — 40 % des patients AOMI feront un événement coronarien dans les 10 ans.
    • Activité physique : recommandations5 — Kiné vasculaire et marche quotidienne, pierres angulaires du traitement AOMI.

    Sources et références

    • HAS — Guide du parcours de soins de l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs6
      Guide HAS sur le parcours de soins de l'AOMI — diagnostic IPS, traitement médical, revascularisation.
    • INSERM — Athérosclérose7
      Dossier INSERM sur l'athérosclérose, mécanisme commun à l'AOMI, la coronaropathie et l'AVC ischémique.
    • Santé publique France — Les maladies vasculaires périphériques8
      Données SPF sur l'épidémiologie de l'AOMI en France et sa liaison avec le tabagisme.
    • Ameli.fr — Le tabagisme et les maladies cardiovasculaires9
      Fiches Assurance Maladie sur le lien tabac-AOMI et les aides au sevrage tabagique.
    • ESC 2017 — Guidelines on the diagnosis and treatment of peripheral arterial diseases10
      Recommandations ESC 2017 sur le diagnostic IPS, la classification, la kiné vasculaire et les indications de revascularisation.
    Questions Fréquentes

    Réponses aux questions les plus courantes

    <p>Non. Les principaux diagnostics différentiels sont la sciatique (douleur en trajet nerveux, pas de seuil de marche), le canal lombaire étroit (douleur en marche aggravée par l'hyperlordose, soulagée penché en avant), les tendinopathies et l'arthrose de hanche. La mesure de l'IPS permet de trancher en quelques minutes.</p>

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    Sourcé auprès d'autorités indépendantes

    Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.

    Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.

    Dernière révision éditoriale : 21 avril 2026.

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    Bilal YIKILMAZ

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    Mode de vie sain
    Publié
    21 avril 2026
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