AVC : reconnaître les signes FAST et agir en urgence
Accident vasculaire cérébral : test FAST (visage, bras, parole, temps), 140 000 cas/an en France, fenêtre thrombolyse 4h30 et thrombectomie jusqu'à 24h. Sources HAS, SFNV, INSERM.
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L'accident vasculaire cérébral (AVC) est la première cause de handicap acquis de l'adulte et la deuxième cause de démence en France. Il résulte dans 85 % des cas de l'occlusion d'une artère cérébrale (AVC ischémique) et dans 15 % d'une rupture vasculaire (AVC hémorragique). Chaque minute d'ischémie détruit 1,9 million de neurones : c'est le principe « time is brain ». Reconnaître les signes et appeler immédiatement le 15 ouvre l'accès aux traitements de recanalisation qui changent le pronostic.
La Fédération française de cardiologie1 et la Société française neuro-vasculaire (SFNV) recommandent le test FAST comme outil de dépistage grand public. Un seul signe positif justifie l'appel immédiat au 15.
FAST — les 4 signes à retenir
Acronyme anglais mondial adopté par la SFNV et la HAS pour le grand public. Un seul signe positif = appel du 15 immédiat.
F — Face (visage)
Paralysie faciale asymétrique : la bouche tombe d'un côté, le sourire est dissymétrique. Demandez à la personne de sourire.
A — Arm (bras)
Faiblesse motrice unilatérale : le bras chute quand on demande de le tenir tendu à l'horizontale, yeux fermés.
S — Speech (parole)
Troubles du langage : phrases incohérentes, mots inintelligibles, impossibilité de répéter une phrase simple.
T — Time (temps)
Appeler immédiatement le 15. Noter l'heure exacte d'apparition des symptômes — elle détermine l'éligibilité à la thrombolyse.
Céphalée brutale
Mal de tête intense « en coup de tonnerre » évocateur d'AVC hémorragique (hémorragie méningée).
Troubles visuels
Perte de vision d'un œil (amaurose fugace) ou hémianopsie (moitié du champ visuel) — signes d'AIT ou d'AVC postérieur.
Sources : SFNV (2023), HAS (2022), American Stroke Association.
Un seul signe FAST positif — asymétrie du sourire, bras qui tombe, parole altérée — suffit à justifier l'appel immédiat du 15.
AVC ischémique vs hémorragique — deux pathologies, une seule urgence
AVC ischémique vs AVC hémorragique — présentation et prise en charge
Caractéristique
AVC ischémique (85 %)
AVC hémorragique (15 %)
Mécanisme
Occlusion artérielle (thrombus, embole)
Rupture vasculaire (anévrysme, HTA)
Début
Progressif en quelques minutes
Brutal, céphalée en coup de tonnerre
Imagerie de référence
IRM cérébrale diffusion
Scanner cérébral sans injection
Traitement spécifique
Thrombolyse IV < 4h30 et/ou thrombectomie < 24h
Contrôle tensionnel strict, neurochirurgie selon cause
Mortalité à 1 mois
10-15 %
30-40 %
Sources : HAS (2022), SFNV, ESC 2022, INSERM.
La prise en charge hospitalière — UNV et drip-and-ship
Le SMUR oriente tout AVC suspecté vers une unité neurovasculaire (UNV) dédiée, présente dans 140 centres en France. Dès l'arrivée, un bilan est réalisé en moins de 30 minutes : imagerie cérébrale (IRM de préférence, scanner à défaut), score NIHSS (National Institutes of Health Stroke Scale, 0-42 points) qui quantifie la sévérité clinique, biologie et ECG.
Deux traitements peuvent recanaliser l'artère :
Thrombolyse intraveineuse (altéplase ou ténectéplase) dans les 4h30 suivant l'apparition des symptômes chez le patient éligible. Contre-indiquée en cas d'AVC hémorragique ou de risque hémorragique majeur.
Thrombectomie mécanique par cathétérisme intra-artériel dans les 6 heures (voire 24 heures si mismatch perfusionnel sur IRM, selon l'essai DAWN) pour les occlusions des grosses artères (carotide interne, sylvienne proximale, tronc basilaire). Seuls 40 centres en France pratiquent la thrombectomie en urgence.
Le dispositif drip-and-ship permet de débuter la thrombolyse dans l'UNV la plus proche, puis de transférer le patient vers un centre de thrombectomie si l'occlusion le justifie — stratégie validée pour raccourcir les délais sans sacrifier l'éligibilité.
Le score NIHSS — quantifier la sévérité
Le score NIHSS (15 items, 0 à 42 points) évalue la sévérité de l'AVC à l'admission et guide les décisions thérapeutiques. Un NIHSS ≥ 6 oriente vers la recherche d'une occlusion des grosses artères et donc d'une indication de thrombectomie.
NIHSS 0-4 : AVC mineur — bénéfice de la thrombolyse débattu.
NIHSS 5-15 : AVC modéré — thrombolyse standard si fenêtre respectée.
NIHSS 16-20 : AVC modéré à sévère — thrombectomie souvent indiquée.
L'admission en UNV raccourcit le délai imagerie-traitement et réduit la mortalité de 15 à 25 % par rapport aux soins standards.
L'AIT — accident ischémique transitoire
L'AIT est un AVC dont les symptômes régressent complètement en moins de 24 heures (le plus souvent en 10 à 60 minutes). Ce n'est pas une « fausse alerte » : c'est un signal d'alarme majeur. Le risque d'AVC constitué dans les 7 jours suivants est de 5 à 10 %, concentré surtout dans les 48 premières heures. Un AIT impose donc une hospitalisation ou une consultation spécialisée en urgence pour bilan étiologique (écho-doppler des troncs supra-aortiques, ECG avec recherche de FA, IRM cérébrale) et instauration d'un traitement antithrombotique.
Prévention — après l'AVC
La prévention secondaire repose sur le contrôle rigoureux des facteurs de risque cardiovasculaire :
Hypertension artérielle — premier facteur de risque d'AVC (risque ×3-5). Cible tensionnelle < 130/80 mmHg.
Fibrillation auriculaire — cause de 25 % des AVC ischémiques. Anticoagulation selon score CHA2DS2-VASc.
Dyslipidémie — statine à haute intensité, cible LDL < 0,7 g/L en prévention secondaire.
Diabète, tabagisme, sédentarité, SAOS — dépistage et prise en charge systématiques.
Antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel) selon l'étiologie après AVC ischémique non cardioembolique.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un AVC et un AIT ?
L'AIT (accident ischémique transitoire) présente les mêmes symptômes qu'un AVC mais ils régressent complètement en moins de 24 heures (souvent en 10 à 60 minutes). L'imagerie ne retrouve pas de lésion constituée. Ce n'est pas une fausse alerte : le risque d'AVC dans les 7 jours suivants est de 5 à 10 %. Un AIT justifie une hospitalisation ou une consultation neurovasculaire en urgence.
Pourquoi faut-il noter l'heure exacte d'apparition des symptômes ?
L'heure de début conditionne l'éligibilité à la thrombolyse (fenêtre de 4h30) et à la thrombectomie (6 à 24 heures selon l'imagerie). Si l'AVC est découvert au réveil (« wake-up stroke »), on retient la dernière heure à laquelle la personne était en bonne santé. Cette information est la première question posée par le régulateur du 15.
Peut-on donner de l'aspirine à quelqu'un qui fait un AVC ?
Non, surtout pas avant le diagnostic différentiel entre AVC ischémique et hémorragique. L'aspirine aggraverait un saignement cérébral (15 % des AVC). Le scanner ou l'IRM, réalisés à l'UNV, distinguent les deux mécanismes en quelques minutes. L'aspirine est donnée seulement après, et selon les recommandations.
Qu'est-ce qu'une unité neurovasculaire (UNV) ?
Une UNV est un service hospitalier dédié à la prise en charge 24/7 des AVC, avec neurologues formés, accès immédiat à l'IRM, monitorage continu et équipe paramédicale spécialisée. La HAS recommande l'admission systématique en UNV, qui réduit la mortalité de 15 à 25 % par rapport aux soins standards. La France dispose de 140 UNV.
Quels sont les premiers gestes si un proche fait un AVC ?
Appeler le 15 immédiatement. Noter l'heure d'apparition des symptômes. Allonger la personne sur le côté si elle vomit, tête surélevée à 30° sinon. Ne rien donner à boire ni à manger (risque de fausse route). Ne pas donner d'aspirine. Rassembler carte vitale, ordonnance et antécédents. Rester auprès du patient jusqu'à l'arrivée du SMUR et noter toute évolution des symptômes.
<p>L'AIT (accident ischémique transitoire) présente les mêmes symptômes qu'un AVC mais ils régressent complètement en moins de 24 heures (souvent en 10 à 60 minutes). L'imagerie ne retrouve pas de lésion constituée. Ce n'est pas une fausse alerte : le risque d'AVC dans les 7 jours suivants est de 5 à 10 %. Un AIT justifie une hospitalisation ou une consultation neurovasculaire en urgence.</p>
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.