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    Mode de vie sain 10 min de lecture

    Helicobacter pylori : dépistage, test respiratoire et schémas d'éradication

    Helicobacter pylori : 20-30 % de porteurs en France, dépistage par FOGD ou test respiratoire urée 13C, trithérapie HAS 14 jours, quadrithérapie Pylera si résistance. Sources HAS 2024, SNFGE, ANSM.

    Publié le 21 avril 2026Mis à jour le 21 avr. 20260 vues0 commentaires
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    ParBilal YIKILMAZ·Rédacteur & éditeur
    SelonHASINSERMOMSPolitique éditoriale
    Mis à jour le 21 avril 2026
    Helicobacter pylori : dépistage, test respiratoire et schémas d'éradication

    Helicobacter pylori est l'une des infections chroniques les plus fréquentes au monde. Sa relation avec l'ulcère gastro-duodénal (découverte qui a valu le Nobel de médecine à Warren et Marshall en 2005) et avec le cancer gastrique (classement OMS carcinogène de groupe 1) en fait une cible majeure de santé publique. La HAS a actualisé ses recommandations en 2024 en raison de la montée de la résistance aux antibiotiques — ce qui modifie nettement les schémas thérapeutiques.

    20–30 %
    Adultes français porteurs de H. pylori
    SNFGE
    90 %
    Ulcères gastro-duodénaux liés à H. pylori ou AINS
    HAS
    Groupe 1
    Classification OMS — carcinogène certain (cancer gastrique)
    CIRC / OMS
    20–25 %
    Résistance primaire à la clarithromycine en France
    ANSM, CNR

    Qu'est-ce qu'Helicobacter pylori ?

    H. pylori est une bactérie Gram négatif spiralée qui colonise la muqueuse gastrique. Transmise principalement dans l'enfance par voie oro-orale ou oro-fécale intrafamiliale, elle persiste toute la vie en l'absence de traitement. La majorité des porteurs sont asymptomatiques ; chez d'autres, l'infection entraîne une gastrite chronique qui peut évoluer vers :

    • Ulcère gastrique ou ulcère duodénal — 10 à 15 % des infectés.
    • Atrophie gastrique et métaplasie intestinale — lésions pré-cancéreuses.
    • Adénocarcinome gastrique — risque relatif ×3 à 6.
    • Lymphome du MALT gastrique — souvent curable par la seule éradication.
    • Dyspepsie fonctionnelle symptomatique.

    Qui dépister ? — Indications HAS

    Les 5 grandes indications de dépistage de H. pylori (HAS 2024)
    Pas de dépistage systématique en population générale asymptomatique, mais recherche systématique dans ces situations cibles.
    Ulcère gastro-duodénal
    Ulcère actif ou antécédent, quel que soit le traitement en cours. Recherche systématique par FOGD + biopsies.
    Lymphome du MALT
    Indication formelle — éradication peut induire une rémission complète des lymphomes MALT gastriques de bas grade.
    Apparenté 1er degré cancer gastrique
    Recherche recommandée chez l'apparenté du 1er degré d'un patient atteint de cancer gastrique.
    Traitement par AINS ou antiagrégant au long cours
    Avant initiation chez les patients à haut risque (antécédent d'ulcère, âge > 65 ans, comorbidités).
    Dyspepsie chronique non explorée
    Après 45 ans ou avec signes d'alerte — FOGD + biopsies systématique.
    Anémie ferriprive inexpliquée, PTI, carence B12
    Pathologies extradigestives associées à H. pylori — recherche systématique après exclusion d'autres causes.
    Sources : HAS 2024, SNFGE, Ameli.
    Tubes de collecte d'échantillons de souffle sur un plateau de laboratoire pour test respiratoire H. pylori urée 13C
    Le test non invasif à l'urée 13C permet de diagnostiquer ou de contrôler une infection H. pylori en quelques minutes au cabinet — résultat par analyse de masse du CO₂ expiré.

    Méthodes de diagnostic

    Les principales méthodes diagnostiques de H. pylori — indications comparées
    Méthode Principe Indications Limites
    FOGD avec biopsies multiples Histologie + test rapide à l'uréase + éventuellement culture/PCR Diagnostic initial de référence. Antibiogramme possible en cas d'échec. Examen invasif, nécessite préparation et anesthésie.
    Test respiratoire à l'urée 13C Ingestion d'urée marquée, mesure du CO₂ expiré Contrôle d'éradication post-traitement (référence). Diagnostic initial non invasif. Faux négatifs si IPP actif (arrêt 2 semaines avant) ou antibiotiques récents (4 semaines).
    Recherche d'antigène fécal Détection par ELISA monoclonal sur selles Alternative au test respiratoire. Diagnostic et contrôle. Mêmes précautions d'arrêt IPP et antibiotiques. Moins utilisé en France.
    Sérologie anti-H. pylori IgG anti-pylori dans le sérum Épidémiologie. Patients hospitalisés avec saignement actif. Ne distingue pas infection active d'infection passée. Pas adaptée au contrôle d'éradication.
    Sources : HAS 2024, SNFGE.

    Traitements d'éradication — HAS 2024

    Le choix du schéma d'éradication dépend du statut de résistance connu de la souche ou de la situation locale. Deux schémas de 14 jours sont retenus en France en 2026 :

    1re ligne : quadrithérapie bismuthée (Pylera®) 10 jours

    • Pylera® (bismuth + métronidazole + tétracycline) 3 gélules × 4/j pendant 10 jours.
    • IPP double dose matin et soir pendant 10 jours.
    • Schéma de référence en présence de résistance à la clarithromycine ou par défaut (approche pragmatique compte tenu de la résistance française).
    • Taux d'éradication > 90 %.

    1re ligne alternative : quadrithérapie concomitante 14 jours

    • IPP double dose matin et soir.
    • Amoxicilline 1 g × 2/j.
    • Clarithromycine 500 mg × 2/j.
    • Métronidazole 500 mg × 2/j.
    • Uniquement si souche sensible à la clarithromycine (antibiogramme) ou en contexte à faible résistance locale.

    2e ligne : si échec de 1re ligne

    • Antibiogramme dirigé après culture ou PCR sur biopsie — orientation par résistance documentée.
    • Trithérapie à base de lévofloxacine 14 jours (IPP + amoxicilline + lévofloxacine) — à réserver aux situations d'antibiogramme favorable.
    • Rifabutine en cas de résistances multiples — schéma spécialisé.

    Cette section est strictement informative. Toute prescription antibiotique doit être individualisée par le médecin.

    Contrôle de l'éradication — obligatoire

    Le contrôle d'éradication est systématique, 4 à 8 semaines après la fin du traitement antibiotique, avec arrêt préalable des IPP au moins 2 semaines :

    • Test respiratoire à l'urée 13C — méthode non invasive de référence.
    • FOGD avec biopsies si contrôle nécessaire pour d'autres raisons (ulcère à contrôler, MALT).
    • La sérologie ne doit pas être utilisée pour le contrôle (IgG persistent des mois).
    Médecin gastro-entérologue réalisant une endoscopie haute (FOGD) sur un patient en ambulatoire, écran endoscopique visible
    La fibroscopie œso-gastro-duodénale (FOGD) avec biopsies étagées reste la méthode diagnostique de référence — elle permet aussi un antibiogramme par culture ou PCR.

    Observance, tolérance et effets indésirables

    L'observance stricte est la clé de l'éradication. Les effets indésirables fréquents sont :

    • Troubles digestifs (nausées, diarrhée, goût métallique) — à anticiper.
    • Coloration noire des selles et de la langue avec le bismuth (Pylera®) — bénin, transitoire.
    • Intolérance à l'alcool avec le métronidazole (effet antabuse) — abstinence durant toute la cure + 48 h.
    • Rash cutané avec l'amoxicilline — arrêt si signe d'allergie.
    • Photosensibilité avec les tétracyclines.
    Bien préparer l'éradication pour la réussir

    Un traitement anti-H. pylori est une cure contraignante de 10 à 14 jours — la réussite dépend avant tout de l'observance stricte (oubli = risque de résistance). Quelques points clés : ne pas consommer d'alcool pendant toute la cure avec le métronidazole (effet antabuse) ; prévoir un probiotique (Saccharomyces boulardii) pour réduire la diarrhée post-antibiotique ; anticiper le goût métallique et les nausées ; planifier la cure en dehors d'un voyage ou d'une période professionnelle intense ; respecter les horaires de prise. Toujours contrôler l'éradication par test respiratoire 4 à 8 semaines après la fin du traitement (avec arrêt préalable de l'IPP pendant 2 semaines). En cas d'échec, ne pas répéter le même schéma — discuter avec un gastro-entérologue pour un antibiogramme et un schéma de 2e ligne.

    H. pylori et cancer gastrique : prévention primaire

    Selon l'OMS (CIRC, groupe 1), H. pylori est responsable d'environ 75 % des cancers gastriques non cardiaux. L'éradication réduit significativement ce risque — particulièrement chez les apparentés du 1er degré de patients atteints de cancer gastrique, chez qui la recherche-éradication est formellement recommandée. Dans les populations à forte incidence de cancer gastrique (Japon, Corée), le dépistage systématique est discuté ; en France, l'approche reste ciblée sur les situations à risque.

    Cas particuliers

    Femme enceinte ou allaitante

    Traitement reporté en post-partum sauf urgence (ulcère hémorragique actif). Ni la clarithromycine ni le métronidazole ne sont autorisés en routine pendant la grossesse.

    Allergie à la pénicilline

    Schémas sans amoxicilline — bismuthée (Pylera®) prioritaire, ou schéma à base de lévofloxacine + clarithromycine/métronidazole en fonction des résistances.

    Enfant

    Indication ciblée, prescription pédiatrique. Le traitement n'est pas systématique en cas de portage asymptomatique.

    En résumé — 5 messages clés

    • H. pylori colonise 20 à 30 % des adultes français — la majorité sont asymptomatiques.
    • Le dépistage est ciblé : ulcère, MALT, dyspepsie après 45 ans, apparenté de cancer gastrique, avant AINS au long cours à risque.
    • Le diagnostic de référence est la FOGD + biopsies ; le test respiratoire à l'urée 13C est la référence non invasive.
    • La quadrithérapie bismuthée (Pylera®) 10 jours est le schéma de 1re intention en 2026 compte tenu des résistances.
    • Le contrôle d'éradication est obligatoire 4 à 8 semaines après la fin du traitement, avec arrêt préalable de l'IPP.

    Pour une vue d'ensemble de la santé digestive, voir notre pilier Santé digestive de l'adulte1.

    Questions fréquentes

    Faut-il dépister H. pylori si je n'ai pas de symptômes ?

    Pas systématiquement. La HAS ne recommande pas le dépistage en population générale asymptomatique. En revanche, il est recommandé chez les apparentés du 1er degré de patients atteints de cancer gastrique, avant la mise en route d'un traitement au long cours par AINS ou aspirine chez le sujet à risque, en cas d'anémie ferriprive inexpliquée, de PTI ou de carence en B12. Un dépistage peut aussi être discuté chez les personnes nées ou ayant vécu dans une région à forte incidence de cancer gastrique.

    Pourquoi l'IPP doit-il être arrêté avant le test respiratoire ?

    Les IPP suppriment la croissance bactérienne de H. pylori en modifiant le pH gastrique. Leur prise dans les 2 semaines précédant le test respiratoire réduit fortement l'activité de l'uréase bactérienne et provoque des faux négatifs. La HAS recommande un arrêt de l'IPP au moins 2 semaines et d'éviter les antibiotiques pendant 4 semaines avant le test. Cette règle vaut pour tous les tests non invasifs (respiratoire, antigène fécal).

    Peut-on re-contracter H. pylori après éradication ?

    La réinfection est rare dans les pays à forte hygiène comme la France : moins de 1 à 2 % par an après éradication réussie. Le plus souvent, une rechute détectée quelques mois après la cure correspond en fait à une récidive (éradication incomplète) plutôt qu'à une vraie réinfection. Dans ce cas, l'antibiogramme dirigé est nécessaire pour adapter le schéma de 2e ligne.

    Pourquoi le taux de résistance à la clarithromycine est-il si élevé ?

    La résistance à la clarithromycine en France atteint 20 à 25 % en 2026 (CNR des Campylobacters et Helicobacters), conséquence de l'usage massif de macrolides pour les infections ORL et respiratoires, notamment pédiatriques. Cette résistance explique pourquoi la HAS 2024 a reculé la place des trithérapies à base de clarithromycine, au profit de la quadrithérapie bismuthée (Pylera®) qui contourne ce mécanisme.

    Le bismuth est-il vraiment sûr dans Pylera® ?

    Oui, sur une durée courte (10 jours) et à la posologie prescrite. Le subcitrate de bismuth utilisé dans Pylera® est faiblement absorbé et a un excellent profil de tolérance. Les effets indésirables les plus courants sont la coloration noire des selles et de la langue — bénins et transitoires. Les sels de bismuth à très fortes doses et au long cours (hors indication) ont été rapportés historiquement comme neurotoxiques, ce qui n'est pas le cas du schéma actuel de 10 jours.

    Aller plus loin

    • Santé digestive de l'adulte1 — Pilier de référence — RGO, SII, microbiote, MICI, MASLD, H. pylori : le panorama complet.
    • RGO adulte : diagnostic et traitement2 — RGO et H. pylori sont 2 causes fréquentes de symptômes digestifs hauts — diagnostic différentiel indispensable.
    • IPP : risques au long cours et sevrage3 — Les IPP sont un pilier du traitement anti-H. pylori — leur usage prolongé post-éradication doit être encadré.
    • Coloscopie : indications et préparation4 — FOGD et coloscopie — complémentaires dans l'exploration digestive structurée.
    • Microbiote, probiotiques et dysbiose5 — Saccharomyces boulardii en accompagnement du traitement d'éradication pour réduire la diarrhée post-antibiotique.

    Sources et références

    • HAS — Diagnostic et traitement de l'infection à Helicobacter pylori chez l'adulte (2024)6
      Recommandations HAS 2024 — indications du dépistage, méthodes diagnostiques, schémas d'éradication (quadrithérapie bismuthée).
    • SNFGE — Helicobacter pylori : recommandations de prise en charge7
      Position SNFGE sur la prise en charge de H. pylori — critères diagnostiques, choix thérapeutiques, contrôle d'éradication.
    • ANSM — Résistance bactérienne : surveillance8
      Dossier ANSM sur la résistance bactérienne en France — données de résistance à la clarithromycine de H. pylori.
    • Ameli — Helicobacter pylori : symptômes et traitement9
      Fiche Assurance Maladie sur l'ulcère gastroduodénal et H. pylori — parcours de soins, remboursement.
    • CIRC / OMS — Helicobacter pylori carcinogène de groupe 110
      Classification OMS / CIRC : H. pylori carcinogène certain pour l'adénocarcinome gastrique (groupe 1).
    Questions Fréquentes

    Réponses aux questions les plus courantes

    <p>Pas systématiquement. La HAS ne recommande pas le dépistage en population générale asymptomatique. En revanche, il est recommandé chez les <strong>apparentés du 1er degré de patients atteints de cancer gastrique</strong>, avant la mise en route d'un traitement au long cours par AINS ou aspirine chez le sujet à risque, en cas d'<strong>anémie ferriprive inexpliquée</strong>, de <strong>PTI</strong> ou de <strong>carence en B12</strong>. Un dépistage peut aussi être discuté chez les personnes nées ou ayant vécu dans une région à forte incidence de cancer gastrique.</p>

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    Sourcé auprès d'autorités indépendantes

    Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.

    Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.

    Dernière révision éditoriale : 21 avril 2026.

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    Bilal YIKILMAZ

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    Publié
    21 avril 2026
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