Hypertension et grossesse : HTA gravidique et pré-éclampsie
L'HTA gravidique touche 5 à 10 % des grossesses. Dépistage, seuils, pré-éclampsie, surveillance et traitements compatibles selon le CNGOF et la HAS.
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L'hypertension pendant la grossesse est la deuxième cause de mortalité maternelle en France (CNGOF, 2022). Identifier précocement les situations à risque et instaurer une surveillance rapprochée permet d'éviter la majorité des complications graves. Selon la HAS (2023), toute grossesse débute par une évaluation du risque de pré-éclampsie dès la première consultation.
Les quatre formes d'HTA pendant la grossesse
HTA chronique : préexistante à la grossesse ou apparue avant 20 semaines. 1 à 5 % des grossesses.
HTA gravidique : apparue après 20 semaines, sans protéinurie, normalisée dans les 6 semaines post-partum. 5 à 6 %.
Pré-éclampsie : HTA après 20 semaines + protéinurie ≥ 300 mg/24 h (ou rapport protéinurie/créatininurie ≥ 30 mg/mmol) ou atteinte d'organe (rénale, hépatique, neurologique, hématologique). 2 à 5 %.
Pré-éclampsie surajoutée : aggravation d'une HTA chronique avec apparition d'une protéinurie ou d'une atteinte d'organe.
Seuils et surveillance
La définition de l'HTA gravidique reste ≥ 140/90 mmHg sur deux mesures à 4 heures d'intervalle (HAS, 2023). Au-delà de 160/110 mmHg, on parle d'HTA sévère, urgence thérapeutique.
Rythme de surveillance en grossesse normale :
Consultations mensuelles au T1 et T2, tous les 15 jours au T3.
En cas d'HTA : consultations hebdomadaires + monitoring échographique (Doppler utérin, croissance fœtale).
Hospitalisation si HTA sévère, pré-éclampsie confirmée, ou retentissement fœtal.
Facteurs de risque de pré-éclampsie
Selon le CNGOF (2022), ils se divisent en risque élevé (≥ 1 suffit à justifier une aspirine préventive) et risque modéré (≥ 2 combinés) :
Synthèse visuelle des éléments abordés dans cette section.
Élevé : antécédent personnel de pré-éclampsie, HTA chronique, diabète préexistant, maladie rénale, lupus ou syndrome des antiphospholipides.
Modéré : première grossesse, ≥ 40 ans, IMC ≥ 35, antécédent familial de pré-éclampsie au premier degré, grossesse gémellaire, PMA (FIV).
Prévention par aspirine
Chez les femmes à risque élevé ou modéré combiné, la HAS recommande aspirine 100 à 150 mg/jour, initiée entre la 12ᵉ et la 16ᵉ semaine, prise le soir, poursuivie jusqu'à la 36ᵉ semaine. Cette stratégie, validée par l'essai ASPRE (NEJM, 2017), réduit de 62 % l'incidence de pré-éclampsie précoce.
Signes d'alarme — consulter en urgence
Toute femme enceinte doit connaître ces signes évocateurs de pré-éclampsie sévère :
Repères schématiques pour visualiser le sujet traité.
Après une HTA gravidique ou une pré-éclampsie, la HAS (2023) préconise :
Surveillance tensionnelle 6 semaines post-partum.
Consultation de suivi à 3 mois avec bilan complet.
Information sur le risque cardiovasculaire à long terme (×2 sur 20 ans).
Planification des grossesses ultérieures sous aspirine préventive.
Questions fréquentes
Quelle tension est normale pendant la grossesse ?
La tension baisse physiologiquement au 2ᵉ trimestre (−10 mmHg en moyenne) puis remonte au 3ᵉ trimestre à sa valeur pré-gestationnelle. Une tension inférieure à 140/90 mmHg reste la norme. Au-delà, on parle d'HTA gravidique.
L'aspirine pendant la grossesse est-elle sans danger ?
Oui, à la dose faible (100-150 mg/jour) et avant la 36ᵉ semaine. Cette dose ne majore pas le risque hémorragique maternel ni fœtal. La surveillance clinique habituelle suffit (HAS 2023).
Peut-on allaiter sous antihypertenseur ?
Oui. Le méthyldopa, labétalol, nifédipine LP, enalapril (cet IEC est autorisé après l'accouchement même s'il était contre-indiqué pendant la grossesse) passent peu dans le lait et sont compatibles. Demandez conseil à votre équipe obstétricale ou à un centre de référence type CRAT.
Après une pré-éclampsie, peut-on refaire une grossesse ?
Oui dans la grande majorité des cas, avec un risque de récidive d'environ 15 à 20 %, plus élevé si pré-éclampsie précoce (< 34 semaines). La surveillance rapprochée et l'aspirine préventive permettent des grossesses le plus souvent sans complications.
Quelle tension déclenche une hospitalisation ?
Systolique ≥ 160 ou diastolique ≥ 110 mmHg confirmée, ou HTA moins sévère associée à des signes fonctionnels (céphalées, douleur épigastrique), à une protéinurie positive, ou à un retentissement fœtal (RCIU, oligoamnios) justifient une hospitalisation en secteur de grossesse pathologique.
<p>La tension baisse physiologiquement au 2ᵉ trimestre (−10 mmHg en moyenne) puis remonte au 3ᵉ trimestre à sa valeur pré-gestationnelle. Une tension inférieure à 140/90 mmHg reste la norme. Au-delà, on parle d'HTA gravidique.</p>
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.