Antalgiques et lombalgie : paracétamol, AINS, opioïdes — ce qui marche vraiment
Lombalgie aiguë : paracétamol seul ≈ placebo (Cochrane 2023, PACE Lancet 2014), AINS courte durée en 1ʳᵉ intention HAS, myorelaxants optionnels, tramadol/codéine en 2ᵉ intention courte durée, opioïdes forts proscrits dans la lombalgie chronique non cancéreuse. Approche non médicamenteuse (kiné, exercice, TCC) au cœur de la stratégie. Sources HAS, ANSM, Cochrane, OFMA.

La lombalgie est le 1ᵉʳ motif d'arrêt de travail en France et l'une des premières plaintes en consultation de médecine générale. Pour la soulager, des millions de boîtes d'antalgiques sont prescrites chaque année — pourtant, depuis 10 ans, les preuves scientifiques ont profondément recadré les recommandations : le paracétamol seul ne marche presque pas dans la lombalgie aiguë, les opioïdes forts sont devenus contre-indiqués dans la lombalgie chronique non cancéreuse, et la prise en charge non médicamenteuse est devenue le pilier de la stratégie. Le pilier Lombalgie chronique de l'adulte1 couvre la maladie ; ici, focus sur le médicament : que prendre, que limiter, que proscrire.
Pourquoi le paracétamol seul ne suffit pas dans la lombalgie aiguë
Pendant des décennies, le paracétamol a été présenté comme le premier antalgique à essayer dans la lombalgie. L'essai PACE (Williams CM et al., Lancet 2014, 1652 patients australiens) a renversé cette idée : aucune différence entre paracétamol pris à dose efficace pendant 4 semaines et placebo, ni sur la douleur, ni sur la durée de l'épisode, ni sur la qualité de vie, ni sur la reprise d'activité. La méta-analyse Cochrane 2023 a confirmé cette absence d'efficacité en monothérapie dans la lombalgie aiguë.
Cela ne veut pas dire que le paracétamol est inutile. Il reste :
- Un antalgique de fond bien toléré à dose de 3 à 4 g/jour réparties en prises espacées de ≥ 6 heures (paracétamol 1 g toutes les 6-8 h).
- Sûr dans la majorité des contextes (hors insuffisance hépatique sévère, alcoolisme chronique).
- Complémentaire d'un AINS pour effet additif modéré, sans cumul d'effets indésirables digestifs ou rénaux.
- Premier choix dans certaines situations particulières — sujet âgé fragile, contre-indication aux AINS, grossesse (sauf au 3ᵉ trimestre où le paracétamol reste autorisé), insuffisance rénale.
La HAS 2019 ne le retire pas de l'arsenal, mais le repositionne comme antalgique de fond à combiner ou comme alternative quand les AINS sont contre-indiqués.

Les AINS — la 1ʳᵉ intention médicamenteuse
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) — ibuprofène, naproxène, diclofénac, kétoprofène — sont la 1ʳᵉ intention médicamenteuse dans la lombalgie aiguë selon la HAS 2019. Leur action conjointe anti-inflammatoire et antalgique les rend supérieurs au paracétamol seul dans cette indication. NNT (Number Needed to Treat) ≈ 6 pour une réduction de 50 % de la douleur à 1 semaine.
Règles d'usage :
- Dose efficace dès le début — ibuprofène 1200 à 1800 mg/j en 3 prises, naproxène 500 mg matin et soir, diclofénac 75 à 150 mg/j.
- Durée courte — 5 à 7 jours maximum dans la lombalgie aiguë. Au-delà, le rapport bénéfice/risque se dégrade.
- Pendant les repas pour limiter le risque digestif.
- Associer un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) (oméprazole, pantoprazole) chez le patient à risque digestif (âge > 65 ans, antécédent ulcéreux, corticoïdes ou anticoagulant concomitant, infection à H. pylori) — voir le cluster IPP vs anti-H22.
- Pas d'AINS en association à un autre AINS (effets additifs des indésirables sans gain d'efficacité).
- Vérifier la fonction rénale et l'équilibre tensionnel avant prescription chez le sujet de > 65 ans ou hypertendu.
Comparatif des antalgiques disponibles dans la lombalgie
| Classe / Molécule | Indication HAS | Efficacité (NNT) | Durée maximale | Effets indésirables principaux |
|---|---|---|---|---|
| Paracétamol | Antalgique de fond ou alternative si CI AINS | ≈ placebo en lombalgie aiguë | Pas de limite spécifique (3-4 g/j max) | Hépatotoxicité à dose > 4 g/j ; alcoolisme contre-indique |
| AINS (ibuprofène, naproxène, diclofénac) | 1ʳᵉ intention médicamenteuse | NNT 6 | 5-7 jours en aigu, 14 j max | Digestif (ulcère), rénal, cardio (HTA, IC), allergie, bronchospasme |
| Myorelaxants (thiocolchicoside Coltramyl®, méthocarbamol Lumirelax®) | Adjuvant en cas de contracture, courte durée | Bénéfice modéré, complémentaire AINS | 5-7 jours maximum (thiocolchicoside risque génotoxique) | Somnolence, vertiges, troubles digestifs |
| Tramadol (palier 2 OMS) | 2ᵉ intention courte durée si insuffisant | NNT 5-8 | 14 jours max — Alerte ANSM 2017 et 2024 | Nausées, vertiges, somnolence, syndrome sérotoninergique, dépendance, mortalité par surdosage |
| Codéine + paracétamol (Codoliprane®, Algocalmine®) | 2ᵉ intention courte durée | Bénéfice modeste vs paracétamol seul | 14 jours max | Constipation, somnolence, dépendance, métaboliseur ultra-rapide CYP2D6 |
| Opioïdes forts (morphine, oxycodone, fentanyl) | PROSCRITS en lombalgie chronique non cancéreuse | Bénéfice modeste, risque ≫ bénéfice à long terme | Pas d'usage chronique non cancéreux | Dépendance 10-20 %, surdosage, hyperalgésie paradoxale, troubles cognitifs, sevrage |
| Duloxétine (Cymbalta®) | Composante neuropathique de la lombalgie chronique | NNT 6-8 sur composante neuro | Chronique possible | Nausées (transitoires), céphalées, somnolence, dysfonction sexuelle |
| Antidépresseurs tricycliques (amitriptyline) | Lombalgie chronique avec composante neuropathique ou troubles du sommeil | NNT 5-7 (composante neuro) | Chronique possible (à dose faible) | Anticholinergiques — somnolence, bouche sèche, constipation, prise de poids |
| Corticoïdes systémiques | Pas d'indication dans la lombalgie commune | Pas de bénéfice démontré | Non recommandés | Multiples (gain de poids, HTA, ostéoporose, infection) |
| Cannabinoïdes (CBD, THC médical) | Hors AMM lombalgie en France (essais en cours) | Niveau de preuve faible à modéré | Encadré strict si expérimentation | Somnolence, troubles cognitifs, dépendance modérée |
Le Pr Nicolas Authier (CHU Clermont-Ferrand, OFMA) explique pour la HAS que la prescription d'opioïdes pour une douleur aiguë doit se faire à la plus faible dose efficace, pour une durée la plus courte possible et ne doit pas dépasser 14 jours.
- Les opioïdes sont efficaces pour la douleur aiguë mais présentent des risques de surdosage et de dépendance physique dès quelques semaines d'exposition continue.
- Ils ne sont pas recommandés en routine dans le traitement des crises migraineuses ni dans les douleurs chroniques non cancéreuses, dont la lombalgie chronique.
- Les opioïdes sont indiqués en 1ʳᵉ intention pour les douleurs aiguës sévères (intensité supérieure à 6 sur 10) en l'absence d'alternative.
- La prescription doit se faire à la plus faible dose efficace et pour la durée la plus courte possible, sans dépasser 14 jours.
- Pour prévenir le risque de surdosage, la prescription de l'antidote, la naloxone, est recommandée chez tout patient sous opioïde fort prolongé.
Les opioïdes — pourquoi la HAS a serré la vis
Les opioïdes forts (morphine, oxycodone, fentanyl, hydromorphone) ont longtemps été prescrits dans la lombalgie chronique non cancéreuse, sur l'idée — fausse — que « plus la douleur dure, plus le palier de l'OMS doit monter ». Les années 2000-2010 ont vu, aux États-Unis principalement, une explosion des prescriptions d'oxycodone (OxyContin®) et de fentanyl pour des douleurs chroniques non cancéreuses, avec à la clé une crise de santé publique majeure : 500 000 décès par surdosage opioïde aux États-Unis entre 1999 et 2020.
En France, la situation est moins dramatique mais le signal est réel : l'OFMA (Observatoire français des médicaments antalgiques, INSERM / CHU Clermont-Ferrand) a documenté une augmentation des décès liés au tramadol et à la codéine, conduisant l'ANSM à modifier les conditions de prescription en 2017 (durée maximale tramadol limitée à 3 mois) puis en 2024 (ordonnance sécurisée pour le tramadol).
Les recommandations HAS 2022, signées par le Pr Nicolas Authier (psychiatre, pharmacologue, addictologue, OFMA) :
- Les opioïdes forts ne sont pas recommandés en 1ʳᵉ intention pour la douleur chronique non cancéreuse, dont la lombalgie chronique.
- Quand ils sont indiqués (douleur sévère, échec des autres alternatives), évaluation préalable du risque addictif (antécédent personnel, familial, comorbidité psychiatrique).
- Prescription à dose minimale efficace, durée la plus courte possible.
- Pas d'opioïde dans la crise migraineuse, ni dans les céphalées, ni en routine dans les douleurs musculo-squelettiques chroniques.
- Information du patient sur les risques (dépendance, surdosage, troubles cognitifs, hyperalgésie paradoxale).
- Évaluation régulière (suivi clinique, échelle de douleur, fonctionnement).
- Prescription de naloxone (antidote, kit auto-administrable Prenoxad® / Nyxoid®) chez tout patient sous opioïde fort, surtout en cas de comorbidité psychiatrique ou de fragilité.
- Arrêt progressif sous supervision médicale en cas d'arrêt — risque de syndrome de sevrage.
Myorelaxants — utilité limitée et courte
Le thiocolchicoside (Coltramyl®) et le méthocarbamol (Lumirelax®) sont les myorelaxants les plus prescrits en France pour la lombalgie. Leur bénéfice est modeste mais réel dans les premiers jours d'un lumbago avec contracture musculaire visible — réduction de la douleur, amélioration du sommeil, retour plus rapide à l'activité.
Règles d'usage :
- Durée courte — 5 à 7 jours maximum. Le thiocolchicoside est par ailleurs limité à 7 jours en raison d'un risque génotoxique identifié par l'ANSM (alerte 2014).
- En association à un AINS, pas en monothérapie (effet additif).
- Vigilance somnolence — déconseillés à la conduite et au travail nécessitant vigilance.
- Pas chez la femme enceinte ni l'enfant.
Lombalgie chronique — antidépresseurs et autres options
Dans la lombalgie chronique (> 3 mois), la stratégie médicamenteuse change. Les AINS au long cours sont déconseillés (risque digestif et rénal cumulatif), les opioïdes proscrits. Les options validées :
- Duloxétine (Cymbalta®) — IRSN avec AMM dans la douleur chronique. Particulièrement utile si composante neuropathique (sciatalgie résiduelle, score DN4 ≥ 4) ou dépression associée. Posologie : 30-60 mg/j, titration progressive.
- Antidépresseurs tricycliques à faible dose (amitriptyline 10-25 mg le soir) — effet antalgique central + amélioration du sommeil. Effets anticholinergiques limitent l'usage chez le sujet âgé.
- Antiépileptiques (prégabaline Lyrica®, gabapentine Neurontin®) — utiles si composante neuropathique dominante. Voir cluster neuropathie diabétique8.
- Capsaïcine topique ou patches lidocaïne — option locale ciblée, peu d'effets systémiques.
- Cannabis thérapeutique — en France, expérimentation encadrée depuis 2021 (ANSM) dans la douleur chronique réfractaire, mais hors AMM lombalgie. À ce jour, niveau de preuve faible à modéré.
Mais surtout, la prise en charge de la lombalgie chronique repose plus sur le non-médicamenteux que sur le médicament :
- Activité physique régulière et adaptée — voir cluster exercices pour le dos9.
- Kinésithérapie active — voir cluster kinésithérapie de la lombalgie10.
- Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) de la douleur chronique — voir cluster TCC de la lombalgie chronique11.
- Éducation thérapeutique et reprise rapide de l'activité.
- Programme « biopsychosocial » — l'approche moderne intégrée, recommandée HAS.

Le palier OMS — adaptation pratique à la lombalgie
Questions fréquentes
Le Doliprane® ne marche pas sur mon mal de dos — c'est normal ?
Oui, c'est scientifiquement documenté. L'essai PACE publié dans le Lancet en 201412 (1652 patients) et la méta-analyse Cochrane 2023 ont montré que le paracétamol seul ne fait pas mieux qu'un placebo dans la lombalgie aiguë. Cela ne signifie pas qu'il est inutile : il reste un antalgique de fond bien toléré, complémentaire d'un AINS, et premier choix quand les AINS sont contre-indiqués (grossesse au 3ᵉ trimestre, ulcère, insuffisance rénale, allergie, HTA non équilibrée). La HAS 2019 recommande en 1ʳᵉ intention médicamenteuse les AINS (ibuprofène, naproxène, diclofénac) à dose efficace et courte durée (5-7 jours), avec maintien de l'activité physique.
Combien de temps puis-je prendre des AINS sans risque ?
Pour la lombalgie aiguë, la recommandation HAS est de 5 à 7 jours maximum. Au-delà, le rapport bénéfice/risque se dégrade : risque digestif (ulcère, hémorragie), risque rénal (insuffisance rénale aiguë), risque cardiovasculaire (HTA, accidents thrombotiques surtout avec coxibs et diclofénac forte dose). Une cure de 7 à 14 jours peut être acceptable chez un adulte sans facteur de risque. Au-delà de 2 semaines, l'usage continu n'est pas recommandé dans la lombalgie commune — la lombalgie chronique (> 3 mois) appelle d'autres stratégies (non médicamenteuses surtout, antidépresseurs si composante neuropathique). Si vous avez plus de 65 ans, des antécédents digestifs, une insuffisance rénale, une HTA, une maladie cardiovasculaire, parlez-en à votre médecin avant de démarrer un AINS — un IPP de protection gastrique peut être associé.
Le tramadol — c'est un opioïde « doux », pourquoi tant de prudence ?
Le tramadol appartient à un palier 2 de l'OMS, mais il agit sur les récepteurs opioïdes (effet morphino-mimétique) et inhibe la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (effet sérotoninergique). Cette double action explique son intérêt antalgique mais aussi son profil d'effets indésirables particulier : nausées, vertiges, somnolence, convulsions (risque accru chez le sujet épileptique), syndrome sérotoninergique en association avec ISRS / IRSN / millepertuis. La variabilité métabolique CYP2D6 rend l'effet imprévisible — certains patients (5-10 % des Européens, métaboliseurs ultra-rapides) convertissent rapidement le tramadol en métabolite actif, avec risque de surdosage dès dose normale. L'ANSM a renforcé les conditions de prescription en 2017 (durée max 3 mois) puis en 2024 (ordonnance sécurisée). Le tramadol n'est plus considéré comme un « opioïde inoffensif » — il doit être prescrit à dose minimale, durée la plus courte possible, avec évaluation préalable du risque addictif.
Pourquoi les opioïdes forts sont-ils proscrits dans la lombalgie chronique ?
Pour trois raisons cumulatives : (1) Bénéfice modeste à long terme — les méta-analyses montrent que les opioïdes forts dans la douleur chronique non cancéreuse apportent un soulagement modeste (souvent < 30 % de réduction) qui s'érode avec la tolérance ; (2) Risque addictif élevé — 10 à 20 % des patients exposés > 90 jours développent un trouble de l'usage (mésusage, dépendance, addiction). La dépendance physique apparaît dès 2-4 semaines d'exposition continue ; (3) Crise de santé publique observée — la crise des opioïdes aux États-Unis (500 000 décès 1999-2020) a montré les conséquences d'une prescription large en chronique non cancéreuse. En France, l'OFMA et l'ANSM ont resserré les conditions. Les opioïdes forts restent indiqués dans la douleur cancéreuse, les douleurs aiguës post-opératoires, et certaines situations de fin de vie. Pour la lombalgie chronique, l'approche est désormais résolument non médicamenteuse (kinésithérapie active, TCC, exercice), complétée si besoin par antidépresseurs antalgiques (duloxétine, amitriptyline) ou antiépileptiques (prégabaline) selon le profil de la douleur.
Si je prends des opioïdes depuis longtemps, comment arrêter ?
Pas d'arrêt brutal. Le syndrome de sevrage aux opioïdes — anxiété, sueurs, frissons, douleurs diffuses, troubles du sommeil, dysphorie, troubles digestifs — peut être marqué dès 24-48 heures après l'arrêt d'un traitement chronique. L'arrêt doit être progressif, sous supervision médicale, avec une décroissance habituelle de 10 à 20 % de la dose par semaine. La HAS recommande aussi de prévoir : (1) une information préalable du patient sur le sevrage et les bénéfices à long terme ; (2) un suivi rapproché (médecin traitant, infirmier libéral, addictologue si besoin) ; (3) l'introduction préalable d'alternatives antalgiques non opioïdes (duloxétine, prégabaline selon profil) ; (4) la kinésithérapie active et la TCC de la douleur chronique qui réduisent la dépendance fonctionnelle à l'antalgique ; (5) un environnement de soutien. En cas de difficulté ou de critères de trouble de l'usage avéré, l'orientation vers une consultation spécialisée d'addictologie ou une consultation douleur est précieuse. Le numéro Drogues Info Service 0 800 23 13 13 est gratuit et anonyme 7j/7.
L'ibuprofène ou le naproxène — lequel choisir ?
Les deux AINS ont une efficacité comparable. L'ibuprofène 400-600 mg toutes les 6-8 heures est le plus prescrit, demi-vie courte (2-3 h), profil cardiovasculaire moins défavorable que le diclofénac à dose modérée. Le naproxène 500 mg matin et soir (demi-vie longue 12-15 h) est intéressant pour 2 prises par jour seulement, et a le meilleur profil cardiovasculaire des AINS — pertinent si comorbidité cardiaque modérée. Le diclofénac est déconseillé à forte dose ou prolongée chez les patients à risque cardiovasculaire (alertes ANSM 2013, 2018). Le kétoprofène topique en gel est une alternative locale utile dans les lombalgies modérées sans nécessité d'un AINS oral. Si vous prenez un anti-coagulant (AVK, AOD) ou un corticoïde, parlez-en à votre médecin — risque hémorragique majoré, indication d'un IPP de protection.
Et les compléments alimentaires : harpagophytum, curcuma, magnésium ?
Plusieurs plantes et nutriments sont traditionnellement utilisés dans la lombalgie : harpagophytum (Harpagophytum procumbens), curcuma, boswellia, magnésium, oméga-3. Le niveau de preuve est faible à modéré pour l'harpagophytum et le curcuma dans la lombalgie chronique — quelques méta-analyses positives, méthodologies hétérogènes. Pas de contre-indication majeure à un essai bien encadré chez l'adulte sans pathologie particulière, mais : (1) vérifier les interactions médicamenteuses (le curcuma fluidifie le sang, attention si AVK / AOD ou aspirine) ; (2) privilégier les produits standardisés en principe actif (% iridoïdes pour l'harpagophytum, % curcuminoïdes pour le curcuma) ; (3) ne pas remplacer un traitement médicamenteux validé par ces compléments seuls dans les formes aiguës intenses ; (4) signaler à son médecin toute prise de complément. Pour la lombalgie, l'activité physique régulière reste la meilleure « substance » naturelle documentée.
Aller plus loin
- Lombalgie chronique de l'adulte — pilier1 — Pilier lombalgie : diagnostic, parcours, stratégie globale. L'arsenal antalgique est une composante mais non le centre de la prise en charge.
- Lombalgie aiguë vs chronique : la durée fait la différence13 — Les stratégies antalgiques diffèrent radicalement entre lombalgie aiguë (AINS courte durée) et chronique (non médicamenteux + duloxétine).
- Kinésithérapie de la lombalgie : protocole et objectifs10 — Pilier non médicamenteux de la lombalgie aiguë et chronique. Réduit la consommation d'antalgiques et accélère le retour à l'activité.
- TCC de la lombalgie chronique : approche biopsychosociale11 — Thérapie cognitivo-comportementale de la douleur chronique. Réduit le retentissement fonctionnel et la consommation d'opioïdes.
- Exercices pour le dos en lombalgie : programme structuré9 — Renforcement, étirement, gainage — base non médicamenteuse de la lombalgie chronique. Prévient les récidives.
- Lombalgie : red flags et signes d'urgence14 — Quand une lombalgie n'est pas commune et nécessite imagerie + consultation urgente avant tout traitement médicamenteux.
Sources et références
- HAS — Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune (mars 2019)15
Recommandation française de référence — algorithme antalgique : AINS en 1ʳᵉ intention, paracétamol en complément ou alternative, opioïdes faibles courte durée en 2ᵉ intention, opioïdes forts non recommandés en chronique. Approche non médicamenteuse au cœur de la stratégie. - HAS — Bon usage des antalgiques opioïdes : douleur aiguë (mars 2022)16
Recommandation HAS sur la prescription des opioïdes — dose minimale efficace, durée la plus courte possible (≤ 14 jours), évaluation préalable du risque addictif, prescription de naloxone, prudence en lombalgie chronique non cancéreuse. - HAS — Prise en charge médicamenteuse de la douleur neuropathique chronique (mai 2020)17
Recommandation française — duloxétine, prégabaline, gabapentine, amitriptyline en 1ʳᵉ intention pour la composante neuropathique de la lombalgie chronique. Pas d'opioïde fort en 1ʳᵉ intention. - ANSM — Tramadol et codéine : sécurité d'emploi (alertes 2017, 2024) — Notices Doliprane® paracétamol, Advil® ibuprofène, Coltramyl® thiocolchicoside18
Information officielle ANSM — restrictions sur le tramadol (durée maximale 3 mois en 2017, ordonnance sécurisée en 2024), alerte sur le thiocolchicoside (génotoxicité), encadrement de la codéine chez l'enfant et le métaboliseur ultra-rapide CYP2D6. - Williams CM et al. — Efficacy of paracetamol for acute low-back pain (PACE Trial, Lancet 2014)12
Essai randomisé de référence — 1652 patients australiens, paracétamol à dose efficace pendant 4 semaines ≈ placebo dans la lombalgie aiguë. Aucune différence sur la douleur, la durée de l'épisode, la fonction. - Saragiotto BT et al. — Paracetamol for low back pain (Cochrane Database Syst Rev 2023)19
Méta-analyse Cochrane confirmant l'absence d'efficacité du paracétamol en monothérapie dans la lombalgie aiguë comparé au placebo. Pas de bénéfice non plus dans la lombalgie chronique en monothérapie. - OFMA — Observatoire français des médicaments antalgiques (INSERM / CHU Clermont-Ferrand)20
Observatoire français dirigé par le Pr Nicolas Authier — surveillance épidémiologique des antalgiques, mésusage, addiction, décès liés aux opioïdes ; base scientifique des recommandations HAS 2022. - Société française d'étude et de traitement de la douleur (SFETD)21
Société savante française — recommandations sur la prise en charge globale de la douleur chronique, formation des Centres d'Évaluation et de Traitement de la Douleur (CETD), approches multimodales validées. - INSERM — Lombalgie : déterminants, parcours, prise en charge22
Dossier INSERM — facteurs de chronicisation (biopsychosociaux), approche moderne intégrée, base scientifique des recommandations HAS sur la lombalgie commune et chronique.
Réponses aux questions les plus courantes
<p>Oui, c'est <strong>scientifiquement documenté</strong>. L'<a href="https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(14)60805-9/fulltext" target="_blank" rel="noopener">essai PACE publié dans le Lancet en 2014</a> (1652 patients) et la <strong>méta-analyse Cochrane 2023</strong> ont montré que le <strong>paracétamol seul ne fait pas mieux qu'un placebo</strong> dans la lombalgie aiguë. Cela ne signifie pas qu'il est inutile : il reste un antalgique de fond bien toléré, complémentaire d'un AINS, et premier choix quand les AINS sont contre-indiqués (grossesse au 3ᵉ trimestre, ulcère, insuffisance rénale, allergie, HTA non équilibrée). La <strong>HAS 2019</strong> recommande en 1ʳᵉ intention médicamenteuse les <strong>AINS</strong> (ibuprofène, naproxène, diclofénac) à dose efficace et courte durée (5-7 jours), avec maintien de l'activité physique.</p>
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Sourcé auprès d'autorités indépendantes
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.
Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.
Dernière révision éditoriale : .