Cardiomyopathie hypertrophique : dépistage familial et mort subite du sportif
La cardiomyopathie hypertrophique (CMH) touche ~1 personne sur 500, c'est la 1ʳᵉ cause de mort subite chez le sportif de moins de 35 ans dans les pays occidentaux. Maladie génétique autosomique dominante, elle impose un dépistage familial systématique (ECG + écho-cœur). Recommandations ESC 2023, score HCM Risk-SCD, mavacamten, DAI. Sources HAS, SFC, INSERM, ESC.

La cardiomyopathie hypertrophique (CMH) est la cardiomyopathie héréditaire la plus fréquente et reste largement sous-diagnostiquée : on estime que la moitié des porteurs ignorent leur diagnostic. C'est pourtant une maladie qui se cherche et se trouve : un interrogatoire familial, un ECG et une échocardiographie suffisent dans la plupart des cas. L'enjeu n'est pas seulement individuel — c'est l'enjeu d'identifier les apparentés à risque, de stratifier le risque de mort subite et d'organiser un suivi à vie. Depuis 2023, l'arsenal thérapeutique s'est enrichi des inhibiteurs sélectifs de la myosine cardiaque (mavacamten), qui changent la trajectoire des formes obstructives.
Comprendre la maladie
La CMH est une maladie génétique du sarcomère cardiaque : des mutations sur les gènes codant les protéines contractiles (chaîne lourde de la β-myosine — MYH7, protéine C myosin-binding — MYBPC3, et plus rarement troponine T, troponine I, tropomyosine, etc.) provoquent un épaississement anormal du myocarde. La transmission est autosomique dominante, ce qui veut dire que chaque enfant d'un parent atteint a un risque sur deux d'hériter de la mutation.
L'épaississement touche typiquement le septum interventriculaire, à un degré tel que la voie d'éjection du ventricule gauche peut s'obstruer en systole — c'est la CMH obstructive, qui concerne environ deux tiers des patients (au repos ou seulement à l'effort, après stimulation pharmacologique ou manœuvre de Valsalva). L'autre tiers a une CMH non obstructive, avec des conséquences fonctionnelles et rythmiques mais sans gradient sous-aortique.

Symptômes — ou absence de symptômes
La CMH peut rester asymptomatique pendant des années, voire toute la vie chez certains porteurs. Quand des symptômes apparaissent, ils sont peu spécifiques :
- Dyspnée d'effort — par dysfonction diastolique du ventricule gauche ou par obstruction sous-aortique dynamique ;
- Douleur thoracique à l'effort, parfois au repos — par déséquilibre offre/demande en oxygène du myocarde épaissi ;
- Syncope ou lipothymie d'effort — signal d'alarme majeur, surtout chez le sportif jeune. Évoque une obstruction dynamique sévère, une arythmie ventriculaire ou une bradycardie réflexe ;
- Palpitations par fibrillation auriculaire (~25 % des CMH évoluées), tachycardie ventriculaire non soutenue (TVNS), tachycardie atriale ;
- Mort subite par fibrillation ventriculaire — souvent à l'effort, parfois inaugurale.
Une syncope d'effort chez un adulte jeune doit faire évoquer une CMH jusqu'à preuve du contraire et conduire à un bilan cardiologique complet (ECG + écho-cœur ± IRM ± Holter) sans délai.
Le diagnostic — ECG, écho-cœur, IRM
Stratifier le risque de mort subite — score HCM Risk-SCD
Le risque de mort subite est variable, et la décision d'implantation prophylactique d'un défibrillateur automatique implantable (DAI) repose sur le calcul d'un score de risque à 5 ans validé par l'ESC :
| Risque à 5 ans | Catégorie | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| < 4 % | Risque faible | DAI généralement non recommandé ; surveillance clinique annuelle |
| 4 à 6 % | Risque intermédiaire | Discussion individualisée DAI, en intégrant LGE étendu à l'IRM, anévrisme apical, FEVG < 50 % |
| ≥ 6 % | Risque élevé | DAI prophylactique recommandé (classe IIa ESC 2023) |
| Antécédent personnel | Risque très élevé | DAI en prévention secondaire systématique (classe I) — antécédent de mort subite récupérée ou TV soutenue |
Traitement médical — bêtabloquants, mavacamten

Traitement invasif — myectomie chirurgicale ou alcoolisation septale
Chez les patients symptomatiques avec gradient ≥ 50 mmHg malgré un traitement médical optimal, deux techniques sont disponibles :
- Myectomie chirurgicale septale (Morrow) — résection chirurgicale d'une partie du septum hypertrophié par sternotomie. Gold standard, résultats à long terme excellents dans les centres experts (mortalité < 1 % en équipe entraînée). Recommandée chez le sujet jeune, en cas d'anomalies mitrales associées.
- Alcoolisation septale percutanée — injection d'alcool dans une artère septale par voie coronarographique pour induire un infarctus septal localisé et amincir secondairement le septum. Alternative chez le patient âgé ou contre-indiqué à la chirurgie.
- La réduction du gradient est généralement de 70 à 90 % dans les deux techniques.
Sport — restriction stricte indispensable
Le dépistage familial — la clé de la prévention
Toute découverte d'une CMH doit déclencher un dépistage des apparentés du 1ᵉʳ degré (parents, fratrie, enfants). Le protocole ESC :
- Test génétique chez le proband (le patient index) — si une mutation pathogène est identifiée, test ciblé chez tous les apparentés ;
- Sans mutation identifiée : dépistage clinique par ECG + écho-cœur chez tous les apparentés du 1ᵉʳ degré ;
- Rythme : à partir de 10–12 ans (ou plus tôt en cas de symptômes), tous les 1 à 2 ans pendant la croissance, puis tous les 5 ans à l'âge adulte si normal — la maladie peut s'exprimer tardivement ;
- Conseil génétique systématique en consultation spécialisée pour discuter implications, projet parental, dépistage prénatal et préimplantatoire.
Ce qu'il faut retenir
- La CMH est fréquente (~1/500), héréditaire (autosomique dominante), et reste la 1ʳᵉ cause de mort subite du sportif jeune.
- Le diagnostic repose sur l'échographie (épaisseur ≥ 15 mm, ou ≥ 13 mm si antécédent familial), complété par IRM, Holter, test d'effort.
- Le score HCM Risk-SCD guide la décision d'implantation prophylactique d'un DAI.
- Le traitement combine bêtabloquants, mavacamten (forme obstructive depuis 2023), myectomie ou alcoolisation septale en cas d'échec.
- Le dépistage familial systématique (ECG + écho-cœur + génétique ciblée) est l'enjeu collectif majeur.
Questions fréquentes
Comment savoir si je suis à risque de cardiomyopathie hypertrophique ?
Le principal facteur de risque est l'antécédent familial : la maladie se transmet en autosomique dominant, ce qui signifie qu'un enfant d'un parent atteint a une chance sur deux d'hériter de la mutation. Un dépistage par ECG + échocardiographie transthoracique est recommandé chez tout apparenté du 1ᵉʳ degré (parents, fratrie, enfants) à partir de l'adolescence, à renouveler tous les 1 à 5 ans selon l'âge. Un signal d'alerte personnel (syncope d'effort, dyspnée d'effort inexpliquée, palpitations, douleur thoracique d'effort) doit aussi conduire à un bilan cardiologique sans délai, particulièrement chez le sportif jeune.
Le mavacamten (Camzyos®) est-il accessible en France ?
Oui. Le mavacamten (Camzyos®), premier inhibiteur sélectif de la myosine cardiaque, a obtenu son AMM européenne en 2023 dans la cardiomyopathie hypertrophique obstructive symptomatique de l'adulte. Il réduit le gradient sous-aortique et améliore les symptômes (capacité d'effort, NYHA). Il s'utilise sous surveillance échographique trimestrielle stricte (mesure de la FEVG) car il existe un risque de dysfonction systolique réversible. Sa prescription est réservée aux centres experts ou aux cardiologues spécialisés. Effet tératogène : contraception obligatoire chez la femme en âge de procréer.
À quel âge faut-il commencer le dépistage chez les enfants d'un parent atteint ?
Les recommandations ESC 2023 proposent un premier bilan (ECG + écho-cœur) chez l'enfant à partir de 10 à 12 ans, ou plus tôt en cas de symptômes (palpitations d'effort, syncope, lipothymie) ou si l'enfant pratique un sport en compétition. Si un test génétique chez le parent atteint a identifié une mutation pathogène, le test ciblé chez l'enfant peut être proposé après conseil génétique — un enfant non porteur de la mutation est exempté du suivi cardiologique répété. La fréquence de surveillance est ensuite de 1 à 2 ans pendant la croissance, puis de 5 ans à l'âge adulte si tous les bilans restent normaux.
Peut-on faire du sport quand on a une CMH ?
Cela dépend du profil de risque. Les recommandations ESC 2023 ont évolué vers une approche individualisée : le sport de loisir d'intensité modérée reste possible chez les patients asymptomatiques à faible risque, après évaluation complète (test d'effort, IRM, Holter). En revanche, le sport de compétition est contre-indiqué en présence de symptômes, d'un gradient sous-aortique > 30 mmHg, d'une syncope d'effort, d'une fibrose étendue à l'IRM ou de TVNS au Holter. La décision doit être prise en concertation avec un cardiologue spécialisé. La visite de non contre-indication en France (article L. 231-2 du Code du sport) joue un rôle important de dépistage.
Le DAI (défibrillateur implantable) est-il automatique en cas de CMH ?
Non. La décision repose sur le calcul du score HCM Risk-SCD de l'ESC, qui intègre : âge, antécédent familial de mort subite, syncope inexpliquée, épaisseur maximale du septum, taille de l'oreillette gauche, gradient sous-aortique, TVNS au Holter. Si le risque à 5 ans est ≥ 6 %, l'implantation prophylactique est recommandée. En présence d'un antécédent personnel de mort subite récupérée ou de tachycardie ventriculaire soutenue, le DAI est implanté en prévention secondaire systématique. À l'inverse, un score < 4 % avec absence de fibrose étendue à l'IRM ne justifie pas un DAI prophylactique. La décision est partagée et tient compte de l'âge, du projet de vie et de l'acceptation du dispositif.
Aller plus loin
- Santé cardiovasculaire de l'adulte1 — Pilier de référence : prévention, dépistage, urgences thoraciques et grandes pathologies cardiovasculaires.
- Insuffisance cardiaque2 — Évolution possible des cardiomyopathies — surveillance échocardiographique régulière de la FEVG.
- Fibrillation auriculaire3 — Complication fréquente (~25 %) de la CMH évoluée — anticoagulation systématique, indépendamment du score CHA₂DS₂-VASc.
- Score SCORE2 — risque cardiovasculaire4 — Évaluer le risque cardiovasculaire global associé à une cardiomyopathie identifiée — différent du score HCM Risk-SCD.
- Péricardite aiguë5 — Diagnostic différentiel de la douleur thoracique non coronarienne chez l'adulte jeune sportif — bilan complémentaire écho-cœur indispensable.
Sources et références
- ESC — 2023 Guidelines for the Management of Cardiomyopathies6
Recommandations européennes 2023 sur la prise en charge des cardiomyopathies — diagnostic, score HCM Risk-SCD, mavacamten, sport, dépistage familial. - Arbelo E. et al. — 2023 ESC Guidelines for the Management of Cardiomyopathies (full text PubMed)7
Texte intégral indexé PubMed des recommandations ESC 2023 — référence des critères diagnostiques et de la stratification du risque. - HAS — Avis de la Commission de la Transparence : Camzyos® (mavacamten)8
Avis HAS sur le mavacamten dans la CMH obstructive symptomatique — indications, place dans la stratégie thérapeutique, surveillance. - INSERM — Maladies cardiovasculaires héréditaires et cardiomyopathies9
Dossier INSERM sur les cardiomyopathies héréditaires : génétique, mécanismes, transmission, recherche en France. - SFC — Société Française de Cardiologie : recommandations et publications10
Référentiels SFC alignés sur les guidelines ESC pour la prise en charge des cardiomyopathies en France et l'organisation des centres experts. - Code du sport — Article L. 231-2 sur la visite de non contre-indication à la pratique du sport en compétition11
Texte législatif français rendant obligatoire la visite de non contre-indication pour la pratique sportive en compétition — clé du dépistage des CMH asymptomatiques.
Réponses aux questions les plus courantes
<p>Le principal facteur de risque est l'<strong>antécédent familial</strong> : la maladie se transmet en autosomique dominant, ce qui signifie qu'un enfant d'un parent atteint a <strong>une chance sur deux d'hériter de la mutation</strong>. Un dépistage par <strong>ECG + échocardiographie transthoracique</strong> est recommandé chez tout apparenté du 1ᵉʳ degré (parents, fratrie, enfants) à partir de l'adolescence, à renouveler tous les 1 à 5 ans selon l'âge. Un signal d'alerte personnel (syncope d'effort, dyspnée d'effort inexpliquée, palpitations, douleur thoracique d'effort) doit aussi conduire à un bilan cardiologique sans délai, particulièrement chez le sportif jeune.</p>
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Sourcé auprès d'autorités indépendantes
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.
Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.
Dernière révision éditoriale : .