En France, près de 15 500 nouveaux cas de mélanome sont diagnostiqués chaque année, et plus de 80 000 carcinomes cutanés (basocellulaires et spinocellulaires). Le mélanome est le plus dangereux mais aussi hautement curable s'il est détecté tôt : la survie à 5 ans dépasse 95 % pour un mélanome fin (< 1 mm) contre 20-25 % au stade métastatique (Santé publique France, 2023). Contrairement aux cancers du sein, du col et du côlon, il n'existe pas de programme national organisé — le dépistage repose sur l'auto-examen et la consultation ciblée.
15 500
Nouveaux mélanomes par an en France
SPF, 2023
95 %
Survie à 5 ans si mélanome < 1 mm
INCa, 2023
6 mm
Diamètre seuil de la règle ABCDE
INCa / HAS
80 %
Mélanomes liés à l'exposition solaire
OMS / CIRC
La règle ABCDE : votre check-list
Proposée dès 1985 et perfectionnée en 2004, la règle ABCDE permet au grand public de repérer une lésion cutanée à risque. Chaque lettre correspond à un critère :
Les cinq critères ABCDE
Une anomalie sur un ou plusieurs de ces axes doit faire consulter.
A — Asymétrie
Lésion non symétrique ; les deux moitiés coupées ne se superposent pas.
B — Bords
Contours irréguliers, encochés, mal délimités, en « carte de géographie ».
C — Couleur
Teintes mélangées : brun, noir, rouge, blanc ou bleu sur la même lésion.
D — Diamètre
Supérieur à 6 mm (taille d'une gomme de crayon) ou lésion en croissance.
E — Évolution
Modification récente de taille, couleur, relief, prurit ou saignement.
Vilain petit canard
Grain de beauté qui se démarque des autres par son aspect — signe d'alerte complémentaire.
Source : INCa, HAS.
Le critère « E » (évolution) est le plus prédictif : toute tache pigmentée qui change doit être montrée à un médecin.
ABCDE — les 5 critères en macro-photographie clinique
Vues d'artiste illustrant chaque critère sur une lésion pigmentée type. La présence d'un seul critère doit faire consulter ; la combinaison de plusieurs critères ou un changement récent (E) impose une consultation rapide.
A — Asymétrie : les deux moitiés ne se superposent pas si on plie mentalement la lésion en deux.B — Bords : contours irréguliers, encochés, mal délimités, en « carte de géographie ».C — Couleur : teintes mélangées (brun, noir, rouge, blanc, parfois bleu) sur la même lésion.D — Diamètre : supérieur à 6 mm (taille d'une gomme de crayon) ou en croissance.E — Évolution : modification récente de taille, relief, couleur, prurit ou saignement — le critère le plus prédictif.
Illustrations générées par IA — vues d'artiste à but pédagogique. Pour un diagnostic, consultez un professionnel de santé.
Auto-examen : comment et quand
Selon l'INCa1, un auto-examen complet tous les 3 mois permet de détecter précocement une lésion suspecte, notamment entre deux consultations dermatologiques annuelles. Protocole :
Dans une pièce bien éclairée, devant un grand miroir.
Utiliser un second miroir à main pour les zones dissimulées (dos, nuque, fesses, plis).
Examiner méthodiquement : visage et cuir chevelu → cou et épaules → bras et mains (entre les doigts, paumes, ongles) → torse et ventre → dos → jambes et pieds (entre les orteils, voûte plantaire, ongles) → parties génitales.
Noter toute nouvelle lésion, toute modification d'un grain de beauté existant, tout saignement ou démangeaison inhabituelle.
L'auto-examen trimestriel devant un miroir reste la pierre angulaire du dépistage précoce du mélanome.
Qui consulter et à quel rythme ?
Une consultation dermatologique annuelle est recommandée pour les phototypes clairs, les porteurs de nombreux nævus, les antécédents personnels ou familiaux de mélanome, les expositions solaires intenses ou professionnelles, ou les personnes immunodéprimées. Pour les sujets à risque moyen, une consultation tous les 2 à 3 ans dès 50 ans suffit souvent.
Dermatoscopie vs œil nu : pourquoi le dermatologue
Auto-examen, examen à l'œil nu et dermatoscopie
Examen
Qui
Sensibilité
Auto-examen ABCDE
Patient tous les 3 mois
Variable, utile en dépistage de vigilance
Examen clinique à l'œil nu
Médecin généraliste / dermatologue
Bonne pour lésions évidentes
Dermatoscopie
Dermatologue
Sensibilité multipliée par 2 à 3 vs œil nu
Cartographie numérique
Dermatologue spécialisé
Comparaison dans le temps, patients à haut risque
Source : Vestergaard, BJD 2008 ; INCa.
Carcinomes : plus fréquents, moins médiatisés
Les carcinomes basocellulaires (80 % des cancers de peau) et spinocellulaires sont beaucoup plus fréquents que le mélanome mais moins agressifs. Ils apparaissent surtout sur les zones exposées (visage, décolleté, dos des mains). À surveiller :
Une petite boule translucide ou nacrée, parfois traversée de vaisseaux.
Une ulcération qui ne cicatrise pas depuis plus de 4 semaines.
Une croûte récidivante sur une zone exposée.
Une lésion sanguinolente en dehors d'un traumatisme.
La dermatoscopie multiplie par 2 à 3 la sensibilité du dépistage par rapport à l'œil nu.
Photo-protection : la prévention primaire
Près de 80 % des mélanomes sont liés à l'exposition solaire. Les mesures validées par l'INCa :
Éviter l'exposition entre 12 h et 16 h l'été.
Rechercher l'ombre, porter chapeau à large bord, t-shirt et lunettes de soleil filtrant les UV.
Appliquer une crème solaire indice ≥ 30, idéalement 50, toutes les 2 heures et après baignade.
Jamais de cabines UV (classées cancérogènes certains par le CIRC en 2009).
Protection renforcée pour les enfants et les phototypes clairs.
Les campagnes de dépistage annuelles
Le Syndicat national des dermatologues (SNDV) organise chaque année en mai une journée nationale de dépistage gratuit du cancer de la peau. Plus de 20 000 personnes sont examinées par an lors de cette campagne, avec un taux de détection d'environ 1 % de mélanomes et 4 % de carcinomes.
À retenir
Le dépistage du cancer de la peau repose sur votre vigilance : auto-examen trimestriel avec la règle ABCDE, et consultation dermatologique dès qu'une lésion change, annuelle chez les phototypes clairs et les sujets à risque. Combiné à une photo-protection rigoureuse, ce dépistage permet de traiter la quasi-totalité des mélanomes au stade curable.
Questions fréquentes
Combien de temps dure la consultation dermatologique de dépistage ?
Entre 15 et 30 minutes selon le nombre de grains de beauté et l'utilisation d'un logiciel de cartographie. Le dermatologue examine l'ensemble du corps à l'œil nu puis les lésions suspectes au dermatoscope. Un rapport photographique et une cartographie peuvent être réalisés en cas de très nombreux nævus atypiques.
La crème solaire empêche-t-elle vraiment les cancers de la peau ?
Oui, l'étude Green (JCO 2011) a démontré que l'application quotidienne de crème SPF 16 pendant 4 ans réduit de 50 % le risque de mélanome à 10 ans. Elle reste un complément à l'évitement du soleil aux heures critiques, au port de vêtements couvrants et au chapeau — pas un substitut.
Mon grain de beauté a grossi mais ne fait pas mal : faut-il s'inquiéter ?
Oui, une modification (taille, forme, couleur) doit faire consulter, même en l'absence de douleur. Le mélanome est rarement douloureux au stade précoce. Le critère « E » (évolution) de la règle ABCDE est d'ailleurs le plus prédictif. Une consultation dermatologique rapide permet de trancher (souvent en quelques minutes au dermatoscope).
À quel âge faut-il commencer à surveiller sa peau ?
L'auto-examen peut et doit commencer dès l'adolescence, notamment pour les phototypes clairs ou en cas d'antécédents familiaux. La fréquence des consultations dermatologiques systématiques devient plus pertinente à partir de 40-50 ans, quand l'incidence du mélanome augmente sensiblement.
Les lampes UV dans les salons de bronzage sont-elles sûres ?
Non. Les cabines UV sont classées cancérogènes certains par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, OMS) depuis 2009. Une exposition en cabine avant 35 ans augmente le risque de mélanome de 75 %. Le décret de 2014 encadre strictement leur usage en France — l'INCa recommande de les éviter totalement.
<p>Entre 15 et 30 minutes selon le nombre de grains de beauté et l'utilisation d'un logiciel de cartographie. Le dermatologue examine l'ensemble du corps à l'œil nu puis les lésions suspectes au dermatoscope. Un rapport photographique et une cartographie peuvent être réalisés en cas de très nombreux nævus atypiques.</p>
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.