Lipoprotéine(a) : le cholestérol génétique méconnu
Forme de cholestérol à 90 % déterminée génétiquement. Dosage unique dans la vie, seuil > 50 mg/dL = risque élevé. Olpasiran, lépodisiran : premières thérapies ciblées en essais.
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La lipoprotéine(a) reste l'un des facteurs de risque cardiovasculaire les moins connus du grand public et sous-dosés en pratique. Pourtant, environ 1 personne sur 5 dans le monde a une Lp(a) élevée, avec un risque d'infarctus, d'AVC ischémique et de sténose valvulaire aortique augmenté de 50 à 200 %. Les consensus de l'EAS (2022) et de la NSFA plaident désormais pour un dosage systématique une fois dans la vie.
Qu'est-ce que la Lp(a) ?
La Lp(a) est structurellement proche du LDL : une particule contenant du cholestérol et de l'ApoB-100. Ce qui la distingue, c'est la liaison covalente à l'apolipoprotéine(a), protéine codée par le gène LPA sur le chromosome 6. L'ApoA ressemble au plasminogène, ce qui explique un effet pro-thrombotique additionnel.
Le taux de Lp(a) est déterminé à 90 % par la génétique, essentiellement par le nombre de répétitions K-IV2 du gène LPA. Le régime alimentaire, l'activité physique et les statines n'ont qu'un impact marginal — typiquement < 15 % de variation.
Seuils et risque
Le consensus EAS 2022 (Kronenberg et al., Eur Heart J) retient :
Lp(a) > 50 mg/dL (> 125 nmol/L) : risque élevé — concerne environ 20 % des Européens.
Lp(a) > 180 mg/dL (> 430 nmol/L) : risque comparable à une HF hétérozygote (1-2 % de la population).
Les unités en nmol/L sont désormais préférées en Europe car plus reproductibles que le mg/dL (IFCC 2021).
Pourquoi et quand doser ?
La HAS n'a pas encore intégré le dosage systématique, mais l'EAS le recommande une fois dans la vie chez tout adulte, particulièrement :
Synthèse visuelle des éléments abordés dans cette section.
ATCD familial d'infarctus précoce, AVC ou sténose aortique.
ATCD personnel d'événement CV inexpliqué par les facteurs classiques.
HF clinique avec LDL très élevé.
Sténose aortique calcifiée précoce.
Lp(a) élevée déjà identifiée dans la famille.
Étant quasi-stable tout au long de la vie, un seul dosage suffit. Il est remboursé en France sur prescription médicale dans un laboratoire conventionné.
Pièges de l'interprétation
Kits hétérogènes : certaines méthodes utilisent des anticorps sensibles au nombre de K-IV2, ce qui fausse la mesure. Privilégier un laboratoire utilisant une méthode isoforme-indépendante.
Résultats en mg/dL ou nmol/L : la conversion n'est pas linéaire, elle dépend du kit.
Sténose aortique calcifiée : risque x2-3 — association génétique causale démontrée par Mendelian randomization (Thanassoulis, NEJM 2013).
Maladie artérielle périphérique et thromboses : associations significatives.
Que faire quand la Lp(a) est élevée ?
En l'absence de traitement spécifique, la stratégie est d'optimiser tous les autres facteurs de risque modifiables :
Repères schématiques pour visualiser le sujet traité.
LDL : cibler plus bas que la recommandation standard, souvent < 0,70 g/L même en prévention primaire si Lp(a) très élevée.
Tension : < 130/80 mmHg.
Tabac : arrêt total.
Diabète : HbA1c optimisée.
Activité physique, régime méditerranéen, poids de santé.
Aspirine à faible dose : discutée en prévention primaire si Lp(a) > 125 nmol/L et pas de contre-indication (étude ASPREE, rapport bénéfice-risque nuancé).
Effet des traitements hypolipémiants sur la Lp(a)
Statines : effet neutre ou légère hausse de Lp(a) (+10 %).
Ézétimibe : baisse modeste (−5 à −10 %).
Inhibiteurs PCSK9 : baisse de 20 à 30 % (essais FOURIER et ODYSSEY, post-hoc).
Niacine : −20 à −30 %, mais bénéfice CV non démontré, effets secondaires importants → abandonnée en prévention.
Inclisiran : baisse de 15 à 25 %.
LDL-aphérèse : −60 à −75 % par séance, indication dans les formes sévères à haut risque (centres spécialisés).
Traitements ciblés en développement
C'est le domaine où l'innovation 2025-2028 sera la plus marquée :
Pelacarsen (TQJ230, Novartis) — antisense : baisse Lp(a) 80 %. Essai HORIZON en phase III, résultats 2025.
Olpasiran (AMG-890, Amgen) — siRNA : baisse Lp(a) 98 % à 48 semaines. Essai OCEAN(a)-Outcomes en cours.
Lépodisiran (Eli Lilly) — siRNA : baisse Lp(a) 94 % à 6 mois, 2 injections/an. Essai ACCLAIM-Lp(a).
Muvalaplin — inhibiteur oral de la liaison Apo(a) : baisse 65-85 % en phase II.
Si les essais de phase III confirment une réduction des événements CV, ces molécules pourraient transformer la prise en charge dès 2026-2028.
Implications familiales
La Lp(a) étant héréditaire, si un patient présente un taux élevé et un événement CV précoce, il est recommandé de doser la Lp(a) chez ses apparentés du premier degré (parents, enfants, fratrie) à partir de l'âge adulte. Cette démarche permet d'identifier précocement des profils à haut risque invisibles au bilan lipidique standard.
Questions fréquentes
Mon bilan lipidique est normal mais j'ai fait un infarctus à 45 ans — dois-je doser la Lp(a) ?
Oui, absolument. La Lp(a) explique une part significative des infarctus inexpliqués. Un taux élevé oriente vers une prévention secondaire intensifiée, une exploration des apparentés, et à terme potentiellement un traitement spécifique si les essais de phase III aboutissent.
Pourquoi un seul dosage dans la vie suffit-il ?
Parce que 90 % du taux est déterminé par la génétique et reste stable à l'âge adulte. Les variations liées à l'inflammation, la grossesse ou la ménopause sont transitoires ou modérées. Un dosage à l'âge adulte (≥ 18 ans) est représentatif toute la vie.
Peut-on faire baisser sa Lp(a) par l'alimentation ?
Quasi impossible. Les régimes (DASH, méditerranéen, portfolio) font varier la Lp(a) de moins de 10 %. L'activité physique, la perte de poids et l'arrêt du tabac ont peu d'effet direct. Le bénéfice se situe sur la réduction du risque global, pas sur la Lp(a) elle-même.
L'aspirine est-elle utile en cas de Lp(a) élevée ?
En prévention secondaire : oui, systématiquement. En prévention primaire, elle se discute si Lp(a) > 125 nmol/L chez un adulte sans haut risque hémorragique et moins de 70 ans. Le bénéfice-risque individuel doit être pesé avec le médecin.
Quand les nouveaux traitements seront-ils disponibles en France ?
Les premiers résultats d'essais de phase III sur événements CV sont attendus en 2025-2026 (HORIZON, OCEAN-Outcomes). En cas de succès, une AMM européenne suivrait en 2027-2028. Le remboursement HAS dépendra du rapport coût-efficacité évalué par la CEESP.
<p>Oui, absolument. La Lp(a) explique une part significative des infarctus inexpliqués. Un taux élevé oriente vers une prévention secondaire intensifiée, une exploration des apparentés, et à terme potentiellement un traitement spécifique si les essais de phase III aboutissent.</p>
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.