Rappels DTP adulte : calendrier 25, 45, 65 ans puis tous les 10 ans
Diphtérie, tétanos, poliomyélite : calendrier officiel des rappels adultes, vaccins combinés Revaxis et Boostrixtetra, rattrapage en cas d'oubli ou de plaie tétanigène.

Le vaccin dTP (diphtérie-tétanos-poliomyélite) protège contre trois maladies bactériennes ou virales graves qui ne circulent plus beaucoup en France grâce à la vaccination, mais qui restent présentes dans de nombreux pays. Une couverture élevée est indispensable pour empêcher leur retour — la diphtérie, disparue en France depuis les années 1980, est réapparue en Russie dans les années 1990 après l'effondrement de la couverture vaccinale.
Le socle du calendrier vaccinal adulte
Selon le calendrier vaccinal 2025 (Ministère de la Santé / HAS), les rappels dTP chez l'adulte sont fixés aux âges :
- 25 ans — rappel dTcaP (avec coqueluche). Premier rappel adulte après la primovaccination nourrisson et les rappels de 6 et 11-13 ans.
- 45 ans — rappel dTP (Revaxis).
- 65 ans — rappel dTP.
- Puis tous les 10 ans : 75 ans, 85 ans, 95 ans.
La périodicité se resserre après 65 ans (tous les 10 ans au lieu de 20) car l'immunité décline plus vite à cet âge et le tétanos reste une cause rare mais potentiellement mortelle chez les personnes âgées blessées.
Les vaccins disponibles
- Revaxis (dTP) : vaccin trivalent diphtérie-tétanos-poliomyélite. Dose réduite d'anatoxine diphtérique (d minuscule, adaptée à l'adulte). Utilisé pour les rappels à 45, 65 ans et suivants.
- Boostrixtetra, Repevax (dTcaP) : vaccin tétravalent ajoutant la coqueluche (ca = coqueluche acellulaire). Recommandé à 25 ans et dans les situations de cocooning (femme enceinte, entourage d'un nouveau-né).
Pourquoi ces trois maladies ?
Diphtérie
Infection bactérienne à Corynebacterium diphtheriae, provoquant angine membraneuse, atteinte cardiaque et neurologique. Mortalité 5 à 10 % même traitée. Disparue en France depuis 1989, elle resurgit lors de baisses de couverture vaccinale ou de conflits (Ukraine, Yémen).
Tétanos
Maladie causée par la toxine de Clostridium tetani, présent dans la terre et la matière organique. Contamination par plaies souillées. Symptômes : contractures musculaires généralisées (trismus, opisthotonos), défaillance respiratoire. Mortalité 10 à 25 % malgré les soins. Le tétanos ne donne pas d'immunité naturelle : la vaccination reste indispensable à vie.
Poliomyélite
Infection virale pouvant provoquer des paralysies définitives. La France est indemne depuis 1989. L'OMS conduit un programme d'éradication mondiale : le poliovirus sauvage ne circule plus qu'en Afghanistan et au Pakistan (2024). Des cas de poliovirus dérivés de vaccins (VDPV) existent dans certains pays à faible couverture.
Que faire en cas d'oubli de rappel ?
On ne recommence jamais le schéma à zéro. Selon la HAS (2023), quelle que soit l'ancienneté du retard :
- Une seule dose de rappel est réalisée.
- On reprend ensuite le calendrier standard à partir de l'âge suivant (ex : rappel à 47 ans si oubli à 45, puis reprendre à 65).
Le rattrapage par une dose unique est efficace dans la grande majorité des cas car l'immunité mémoire vaccinale persiste longtemps (plusieurs décennies).
Conduite à tenir en cas de plaie tétanigène
Toute plaie souillée, profonde ou délabrée, morsure, brûlure étendue, nécessite l'évaluation du statut vaccinal antitétanique. Selon l'ancienneté du dernier rappel (HAS, 2023) :
- Dernier rappel < 20 ans (< 10 ans après 65 ans) : pas de rappel nécessaire en cas de plaie mineure ; rappel éventuel si plaie majeure.
- Dernier rappel > 20 ans (> 10 ans après 65 ans) ou statut inconnu : rappel systématique.
- Plaie majeure et statut incertain : rappel + immunoglobulines antitétaniques humaines.
Les tests rapides sérologiques antitétaniques (TQS) sont parfois utilisés aux urgences pour décider.
DTP chez le nourrisson : obligation vaccinale
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2018, les 3 valences DTP font partie des 11 vaccinations obligatoires pour les enfants nés à compter de cette date, associées à 8 autres (coqueluche, Hib, HBV, pneumocoque, méningocoque C, rougeole, oreillons, rubéole). Schéma pédiatrique : 2, 4 et 11 mois (primovaccination et rappel), puis rappels à 6 ans et 11-13 ans.

Co-administration
Le Revaxis et le Boostrixtetra peuvent être administrés le même jour que la grippe, le Covid, le pneumocoque, le zona, HPV, dans des bras différents si possible. Aucune perte d'efficacité ni majoration notable des effets indésirables.
Tolérance
- Réactions locales (douleur, rougeur, induration) : 20 à 40 %.
- Fièvre modérée, fatigue, myalgies : 5 à 15 %.
- Effets graves exceptionnels : réactions allergiques < 1/100 000 doses.
Cas particuliers
- Femme enceinte : la dTP peut être administrée à tout moment si nécessaire (inactivé). La coqueluche est même recommandée entre 20 et 36 SA (stratégie cocooning).
- Adulte non vacciné dans l'enfance : schéma de rattrapage avec 2 doses espacées d'au moins 1 mois + 1 dose 6 mois à 1 an plus tard, puis poursuite du calendrier standard.
- Voyageur : mise à jour DTP avant tout départ en zone d'endémie de diphtérie ou poliomyélite (centres de vaccinations internationales).
Couverture vaccinale en France : où en est-on ?
Selon Santé publique France (2024), la couverture vaccinale DTP chez les adultes présente de nettes inégalités :
- À 25 ans : environ 50 à 60 % de rappel réalisé dans les temps.
- À 45 ans : 60 à 70 %.
- À 65 ans : 70 à 80 % (intégré souvent à la vaccination grippe).
- Rappels à 75-85 ans : un peu moins de 60 %.
Les objectifs français sont de 95 % à tout âge. Les leviers identifiés : information des patients via Mon espace santé, carnet de vaccination numérique, coordination avec les rappels grippe/Covid/pneumocoque chez les sujets âgés, et rôle accru du pharmacien depuis 2022.
Retrouver son historique vaccinal
Les outils :
- Carnet de santé physique (jaune puis bleu/rose), remis à la naissance.
- Mon espace santé (service public) : consultez vos vaccinations si elles y ont été enregistrées par un professionnel.
- Anciennes ordonnances et comptes rendus d'hospitalisation : souvent précieux pour reconstituer l'historique.
- Sérologie tétanos/diphtérie : disponible mais peu utile en routine, la HAS privilégie une dose de rattrapage unique plutôt qu'un bilan sérologique.
Cas fréquents de la consultation
« Je n'ai pas mon carnet et je ne sais pas si je suis à jour »
Le protocole HAS (2023) propose alors une dose unique de rappel dTP, puis reprise du calendrier à l'âge fixe suivant. Si l'âge fixe suivant est lointain, pas de dose supplémentaire nécessaire. Les sérologies sont rarement indiquées.

« J'ai eu plein de rappels DTP tous les 10 ans, est-ce dangereux ? »
Non. Avant 2013, les recommandations prescrivaient un rappel tous les 10 ans à partir de 25 ans ; depuis 2013, tous les 20 ans chez l'adulte jeune et d'âge moyen. Les rappels surajoutés ne posent aucun problème de sécurité documentée. On continue simplement le nouveau calendrier à partir de l'âge fixe suivant.
« J'ai fait un tétanos à 80 ans, dois-je refaire un rappel ? »
Oui, le tétanos n'induit pas d'immunité naturelle. Une fois rétabli, le schéma vaccinal est repris avec une dose de rattrapage, puis poursuite du calendrier standard.
Épidémiologie actuelle
Grâce à la vaccination universelle, la situation française est :
- Diphtérie : aucun cas autochtone depuis 1989. Cas importés sporadiques chez migrants non vaccinés (quelques cas/an, surveillance CNR).
- Tétanos : 5 à 10 cas par an en France, quasi exclusivement chez des personnes âgées (> 70 ans) non vaccinées ou mal à jour (Santé publique France, 2023). Mortalité 25 %.
- Poliomyélite : aucun cas de poliomyélite paralytique depuis 1989. Surveillance entérovirale des eaux usées continue pour détecter une réintroduction.
La persistance d'une couverture vaccinale élevée reste indispensable pour maintenir cette situation. L'exemple de la diphtérie en Russie dans les années 1990, ou la reprise récente des cas de poliomyélite dans certaines régions (Afghanistan, Pakistan, Nouvelle-Zélande en 2022) rappelle la fragilité des acquis.
Conduite à tenir post-exposition
Pour la poliomyélite, en cas de contact étroit avec un cas importé, une vaccination de l'entourage proche peut être organisée par l'ARS. Pour la diphtérie, une chimioprophylaxie antibiotique de l'entourage est systématique. Pour le tétanos, il n'existe pas de contagion interhumaine : la conduite à tenir concerne uniquement les plaies.
L'engagement mondial pour l'éradication
L'OMS coordonne deux grands programmes :
- Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite (GPEI) depuis 1988 : réduction de 99,9 % des cas mondiaux.
- Programme mondial de vaccination élargie (PEV) : inclut le DTP dans les vaccinations essentielles de l'enfance.
La France contribue via sa politique nationale, son soutien financier à l'OMS et à GAVI (alliance mondiale pour les vaccins). Un rappel à 45 ans chez un adulte français participe aussi à cet effort global : empêcher la réintroduction de ces maladies sur son territoire national.
Mythes et idées reçues sur les rappels adultes
- « Un adulte vacciné dans l'enfance est protégé toute la vie » : Faux pour le tétanos. L'immunité décline avec le temps, en particulier après 40 ans. Les rappels périodiques sont indispensables.
- « Si je rate un rappel, je dois tout recommencer » : Faux. La HAS recommande une dose unique de rattrapage, quelle que soit l'ancienneté du retard.
- « Le tétanos, ça n'existe plus » : Faux. 5 à 10 cas par an en France, souvent mortels, toujours chez des personnes non à jour.
- « La sérologie est plus précise que la vaccination systématique » : Faux. Les sérologies antitétaniques et antidiphtériques ne sont pas recommandées en routine. Elles sont coûteuses, peu disponibles, et un rattrapage vaccinal est plus simple et sûr.
- « Le DTP fait mal » : À nuancer. La douleur locale est courante (20-40 %) mais modérée et transitoire. Rien de comparable à une vraie infection par tétanos ou diphtérie.
Pharmacovigilance du DTP
Les vaccins Revaxis et Boostrixtetra sont en usage depuis plusieurs décennies avec un recul de plusieurs milliards de doses. Les signaux identifiés :
- Réactions locales fréquentes, transitoires, sans gravité.
- Réactions fébriles modérées, disparaissant en 24-48 h.
- Bien que des réactions allergiques aient été rapportées (< 1/100 000 doses), aucun signal d'effet tardif grave n'a été identifié.
- Aucun lien démontré avec les maladies auto-immunes (SEP, Guillain-Barré), malgré les allégations régulièrement reprises.
L'impact collectif : pourquoi les rappels sont-ils cruciaux ?
Au-delà de la protection individuelle, une couverture vaccinale adulte élevée contribue à maintenir le seuil d'immunité collective nécessaire pour :
- Empêcher la réintroduction de la diphtérie et de la poliomyélite en France.
- Protéger les personnes non vaccinables (immunodéprimés, nourrissons trop jeunes).
- Contribuer à l'éradication mondiale de la poliomyélite (objectif OMS d'ici 2030).
- Garantir la sécurité sanitaire face aux voyages internationaux et aux migrations.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je n'ai pas fait mon rappel à 45 ans ?
On ne recommence pas le schéma au début : une seule dose de rappel suffit, suivie d'une reprise du calendrier à l'âge fixe suivant (65 ans). L'immunité mémoire persiste longtemps après la primovaccination ; la HAS (2023) confirme qu'un rattrapage par dose unique est suffisant quel que soit le retard.
Je me suis blessé. Faut-il refaire un rappel tétanos ?
Cela dépend de l'ancienneté du dernier rappel et de la gravité de la plaie. Si le dernier rappel a < 20 ans (< 10 ans après 65 ans) et la plaie est mineure : pas de rappel nécessaire. Si > 20 ans ou plaie sévère (souillée, profonde, brûlure étendue) : consulter un médecin ou les urgences pour un rappel, éventuellement associé à des immunoglobulines.
Le vaccin DTP est-il obligatoire chez l'adulte ?
Non, chez l'adulte il est recommandé mais pas obligatoire. Il reste obligatoire chez le nourrisson (11 vaccinations depuis 2018). Certaines professions (santé, petite enfance, armée) peuvent imposer des rappels dans leur cadre réglementaire.
Combien de temps dure la protection après un rappel ?
La protection contre le tétanos est d'au moins 20 ans après un rappel chez l'adulte (10 ans après 65 ans). La diphtérie et la poliomyélite bénéficient aussi d'une immunité prolongée. D'où l'espacement à 20 ans des rappels entre 25 et 65 ans, et à 10 ans au-delà.
Peut-on associer le rappel DTP à d'autres vaccins ?
Oui. La HAS autorise la co-administration du Revaxis ou Boostrixtetra avec la grippe, le Covid, le pneumocoque, le zona, le HPV et la plupart des autres vaccins. On utilise des bras différents si possible. L'efficacité et la tolérance ne sont pas modifiées.
Aller plus loin
- Vaccinations adulte : calendrier officiel 20251 — Pillar de référence.
- Vaccin coqueluche et stratégie cocooning2 — Coqueluche associée au DTP à 25 ans et chez la femme enceinte.
- Vaccins du voyageur3 — DTP à jour avant tout départ hors Europe.
- Dépistages santé adulte4 — Bilan préventif à associer aux rappels fixes.
Sources et références
Réponses aux questions les plus courantes
<p>On ne recommence pas le schéma au début : une seule dose de rappel suffit, suivie d'une reprise du calendrier à l'âge fixe suivant (65 ans). L'immunité mémoire persiste longtemps après la primovaccination ; la HAS (2023) confirme qu'un rattrapage par dose unique est suffisant quel que soit le retard.</p>
Articles Connexes
Découvrez d'autres articles sur ce sujet

Ramadan et diabète : adapter traitement, alimentation et risque hypoglycémique
Ramadan + diabète : ~ 70 % des diabétiques musulmans jeûnent. Stratification IDF-DAR 2021 (très élevé / élevé / modéré / faible). Adaptation antidiabétiques, surveillance glycémie capillaire. Sources HAS, IDF-DAR, EPIDIAR.

Prévenir la récidive de la lombalgie : 10 conseils evidence-based
Récidive lombalgique à 1 an : 60 %. Méta-analyse Steffens (JAMA 2016) : exercices + éducation réduisent la récidive de 25-45 %. STarT Back +33 % d'efficacité. Sources HAS, JAMA, Lancet, INSERM.

Matelas, oreiller et position de sommeil : impact réel sur le mal de dos
Matelas, oreiller, position de sommeil et lombalgie : ce que disent vraiment les méta-analyses. Fermeté médium > ferme. Position latérale > dorsale > ventrale. Sources HAS, Radwan 2015, Jacobson 2010, Bergholdt 2008.
Sourcé auprès d'autorités indépendantes
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.
Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.
Dernière révision éditoriale : .