Bilan sanguin : quoi demander selon l'âge et pourquoi
NFS, glycémie à jeun, bilan lipidique tous les 5 ans après 40 ans, TSH à 60 ans chez la femme, ferritine, créatinine : les examens utiles en routine.
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« Docteur, je voudrais un bilan complet ». Cette demande revient souvent en consultation. Pourtant, en France comme dans la plupart des pays, les sociétés savantes et la HAS déconseillent le check-up sanguin systématique annuel : de nombreuses études (revues USPSTF, essais Inter99, Cochrane Krogsbøll 2012) n'ont pas démontré qu'un bilan sanguin annuel sans indication clinique réduise la mortalité ou améliore la santé, mais il génère des anxiétés, des explorations inutiles et des coûts importants. En revanche, certains examens ciblés, adaptés à l'âge et aux facteurs de risque, sont très utiles.
Le principe : pas systématique, mais ciblé
L'approche moderne en prévention biologique repose sur trois principes :
Un examen n'est utile que s'il change la prise en charge (sensibilité, disponibilité d'un traitement efficace).
La fréquence dépend de l'âge et des facteurs de risque personnels et familiaux.
Un bilan ne remplace jamais un examen clinique et un interrogatoire rigoureux.
Bilan lipidique (cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides)
Dépiste les dyslipidémies, principal facteur cardiovasculaire modifiable.
Recommandation : à 40 ans pour l'homme, 50 ans pour la femme, puis tous les 5 ans si normal. Plus tôt en cas d'antécédent familial d'hypercholestérolémie familiale, d'infarctus précoce, de diabète, de HTA.
Valeur cible : LDL < 1,6 g/L en prévention primaire à risque faible, < 1,0 g/L en risque élevé.
Dépiste hyperthyroïdie (Basedow, nodule toxique) et hypothyroïdie (Hashimoto).
Recommandation HAS : chez la femme de plus de 60 ans, systématique une fois, puis selon les signes cliniques.
Plus tôt en cas d'asthénie durable, prise ou perte de poids inexpliquée, troubles du rythme, troubles psychiques, antécédent familial thyroïdien, grossesse (prénatal).
Pas utile en bilan systématique chez l'homme asymptomatique.
Ferritinémie
Reflète les réserves martiales (fer).
À demander en cas de fatigue, chute de cheveux, essoufflement, syndrome des jambes sans repos, chez la femme en période d'activité génitale (règles abondantes), chez le végétarien/végétalien, le donneur de sang.
Valeurs normales : 30-300 ng/mL chez l'homme, 20-200 ng/mL chez la femme. Carence si < 15-30 ng/mL.
Créatininémie et DFG estimé
Évalue la fonction rénale.
Recommandé chez : HTA, diabète, antécédent cardiovasculaire, âge > 60 ans, prise d'un médicament néphrotoxique (AINS réguliers, lithium, certains antibiotiques).
DFG normal : > 60 mL/min/1,73 m². Insuffisance rénale chronique si < 60 sur 3 mois.
Autres examens ciblés
HbA1c : en cas de diabète avéré ou de prédiabète (ne remplace pas la glycémie à jeun pour le dépistage primaire).
Vitamine D : non remboursée en dépistage systématique depuis 2014, sauf indications précises (ostéoporose, insuffisance rénale, chirurgie bariatrique, malabsorption).
Vitamine B12 : en cas de végétalisme strict > 3-5 ans, chirurgie gastrique, neuropathie inexpliquée.
Sérologie hépatite B et C : une fois dans la vie chez l'adulte (HAS 2019), ou selon les facteurs de risque.
Sérologie VIH : proposée au moins une fois chez tous les adultes (HAS 2017), et en cas de prise de risque.
Ce qu'il ne faut pas demander en routine
Certains examens sont fréquemment demandés sans bénéfice démontré, et parfois facturés à tort hors prescription conventionnelle :
Panel « complet » antioxydants, vitamines et minéraux à large spectre.
CRP en l'absence de symptôme (peu spécifique).
Marqueurs tumoraux (CA 125, CA 19-9, CEA) en dépistage : aucun n'est recommandé hors suivi de cancer connu ou indication très ciblée.
PSA systématique : voir notre article3 sur la décision partagée.
IgG alimentaires (« intolérances alimentaires ») : aucune valeur diagnostique démontrée, pratiques déconseillées par les allergologues.
À quelle fréquence faire un bilan ?
Repère général chez l'adulte en bonne santé :
Repères schématiques pour visualiser le sujet traité.
Avant 40 ans : ciblé selon symptômes et contexte (rare en dépistage systématique).
40-50 ans : glycémie à jeun + bilan lipidique tous les 5 ans si normal.
50-65 ans : glycémie + lipides tous les 3-5 ans ; TSH chez la femme une fois vers 60 ans ; créatinine si facteur de risque.
> 65 ans : glycémie, lipides, créatinine, TSH selon antécédents ; en cas de polypathologie, rythme défini avec le médecin traitant.
Le Mon Bilan Prévention (voir notre article4) est une bonne occasion de discuter les examens utiles à votre profil.
Les bonnes pratiques avant une prise de sang
Être à jeun depuis 8 à 12 heures pour la glycémie et le bilan lipidique (eau autorisée).
Arrêter toute prise de compléments vitaminiques (biotine notamment) 48 h avant la TSH.
Prélever le matin, idéalement avant 10 h pour la cortisolémie ou les hormones hypophysaires.
Prévenir si grossesse, traitement en cours, infection récente (pouvant perturber NFS et CRP).
À retenir
Un bilan sanguin utile est un bilan ciblé. Plutôt qu'un « check-up complet annuel » sans base scientifique, privilégiez les examens clés recommandés par la HAS selon votre âge et vos facteurs de risque : glycémie, bilan lipidique, TSH (femme après 60 ans), créatinine si à risque. Et profitez de votre Mon Bilan Prévention pour en discuter avec votre médecin traitant.
Questions fréquentes
Puis-je demander un bilan sanguin sans passer par mon médecin ?
En France, la prescription reste nécessaire pour que les examens soient remboursés. Les laboratoires peuvent réaliser un bilan « hors nomenclature » à la demande, mais les frais sont à votre charge (entre 30 et 150 € selon le panel). Un médecin généraliste peut rapidement vous prescrire les examens utiles à votre situation après 10 minutes d'interrogatoire.
Faut-il vraiment être à jeun ?
Oui pour la glycémie à jeun (8 heures minimum) et le bilan lipidique (12 heures idéalement). Pour la NFS, la TSH et la ferritine, le jeûne n'est pas indispensable mais souvent pratiqué pour simplifier. Vérifiez les consignes sur votre ordonnance ou auprès du laboratoire.
Mon bilan est normal : suis-je tranquille ?
Un bilan normal est rassurant à l'instant t, mais ne remplace pas l'hygiène de vie ni les dépistages organisés (mammographie, frottis, FIT, mélanome). Un bilan lipidique normal à 50 ans ne vous dispense pas de le refaire 5 ans après, ni d'avoir une tension et un tour de taille à jour. La prévention est un processus continu, pas un diplôme.
Pourquoi mon médecin refuse de prescrire un "bilan complet" ?
Parce que les études internationales (revue Cochrane Krogsbøll 2012, USPSTF 2023) n'ont pas montré de bénéfice aux bilans systématiques non ciblés. Ils peuvent même générer de l'anxiété pour des anomalies mineures et des explorations inutiles. Votre médecin applique les recommandations scientifiques actuelles. N'hésitez pas à discuter avec lui pour comprendre quels examens sont justifiés dans votre cas.
Dois-je demander mon taux de vitamine D ?
Pas en routine. Depuis 2014, le dosage de la vitamine D n'est plus remboursé en dépistage systématique, faute de preuves de bénéfice clinique. Il reste pertinent en cas d'ostéoporose avérée, de maladie chronique digestive, de chirurgie bariatrique, ou chez des patients à très haut risque (peu d'exposition solaire, personnes âgées institutionnalisées).
<p>En France, la prescription reste nécessaire pour que les examens soient remboursés. Les laboratoires peuvent réaliser un bilan « hors nomenclature » à la demande, mais les frais sont à votre charge (entre 30 et 150 € selon le panel). Un médecin généraliste peut rapidement vous prescrire les examens utiles à votre situation après 10 minutes d'interrogatoire.</p>
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.