Vaccin contre la grippe : qui, quand, et quelle efficacité réelle ?
Campagne d'octobre à janvier, cibles prioritaires (65+ ans, pathologies chroniques, grossesse, entourage), efficacité vaccinale 20 à 60 % selon les souches — le point complet 2025-2026.

Chaque hiver, la grippe saisonnière touche entre 2 et 8 millions de personnes en France, provoque jusqu'à 15 000 décès en moyenne (Santé publique France, 2023) et reste l'une des premières causes d'hospitalisation chez les personnes âgées. La vaccination annuelle, gratuite pour les populations prioritaires, reste le principal levier de prévention.
Pourquoi se faire vacciner chaque année ?
Les virus grippaux mutent rapidement : les souches A (H1N1, H3N2) et B qui circulent varient d'une saison à l'autre. L'OMS détermine deux fois par an la composition du vaccin pour l'hémisphère Nord ou Sud, après analyse de la surveillance mondiale. De plus, l'immunité post-vaccinale s'affaiblit en 6 à 8 mois. Une seule dose ne suffit donc pas pour une protection durable.
Qui est prioritaire ?
Selon la HAS (2024) et le calendrier vaccinal 2025, la vaccination antigrippale est recommandée et prise en charge à 100 % pour :
- Toute personne de 65 ans et plus.
- Les adultes atteints d'une maladie chronique à risque : diabète, BPCO, asthme modéré à sévère, insuffisance cardiaque, coronaropathie, AVC, insuffisance rénale, insuffisance hépatique, obésité (IMC ≥ 40), cancer, immunodépression (VIH, greffés, chimiothérapie).
- Les femmes enceintes, quel que soit le trimestre.
- Les personnes en situation d'obésité sévère (IMC ≥ 40 kg/m²).
- L'entourage des nourrissons à risque (prématurés, pathologies respiratoires ou cardiaques).
- Les professionnels de santé et personnels d'EHPAD.
Pour ces personnes, un bon de prise en charge Assurance Maladie est envoyé chaque automne et permet de retirer gratuitement le vaccin en pharmacie.
Quand se faire vacciner ?
La campagne vaccinale officielle se déroule chaque année de mi-octobre à fin janvier. L'idéal est d'être vacciné avant le pic épidémique, qui survient en général en décembre-janvier en France métropolitaine. La protection s'installe en 10 à 15 jours après l'injection. Se faire vacciner tard (janvier ou février) conserve un intérêt si l'épidémie est encore en cours.
Quelle efficacité réelle ?
L'efficacité vaccinale (VE, vaccine effectiveness) mesurée en vie réelle varie chaque saison. Selon les rapports annuels de Santé publique France et du réseau européen I-MOVE :
- Efficacité moyenne 30 à 60 % contre les formes symptomatiques confirmées de grippe chez l'adulte.
- Efficacité 20 à 40 % chez les plus de 65 ans (immunité vieillissante, effet limité).
- Réduction de 40 à 60 % des hospitalisations liées à la grippe chez les sujets âgés (Santé publique France, 2024).
- Efficacité plus faible (10 à 20 %) certaines saisons marquées par une dérive antigénique importante (mésappariement souche circulante / souche vaccinale).
Une efficacité de 40 à 50 % peut sembler modeste ; rapportée aux millions de personnes vaccinées, elle représente plusieurs centaines de milliers de consultations et des milliers d'hospitalisations évitées chaque année.
Les vaccins disponibles en 2025-2026
En France, les vaccins grippe sont tous quadrivalents (VIG4) : ils contiennent 2 souches A (H1N1, H3N2) et 2 souches B (Yamagata, Victoria).
- Influvac Tetra, Vaxigrip Tetra : vaccins classiques dose standard, recommandés dès l'âge adulte.
- Efluelda : vaccin haute dose (4 fois la dose antigénique standard), remboursé en France depuis 2022 chez les 65 ans et plus. Efficacité supérieure démontrée de 24 % contre la grippe symptomatique et de 12 % contre les hospitalisations liées à la grippe chez les sujets âgés (étude Lee et al., 2021). C'est désormais le vaccin de référence après 65 ans selon la HAS.
- Flucelvax Tetra : vaccin sur culture cellulaire (et non sur œuf), utile en cas d'allergie à l'œuf ou pour améliorer l'appariement antigénique.
Qui peut vacciner ?
Depuis 2022, la vaccination antigrippale peut être effectuée par :

- Médecin (traitant, spécialiste).
- Infirmier (sans prescription chez les personnes éligibles).
- Sage-femme (pour elle-même, ses patientes, leur entourage).
- Pharmacien formé (dès 11 ans, avec ou sans ordonnance selon le cas).
Effets indésirables
Les effets indésirables sont généralement bénins :
- Douleur, rougeur, induration au point d'injection (15 à 30 % des cas).
- Fièvre modérée, céphalées, myalgies (< 10 %), disparition en 24 à 48 h.
- Syndrome de Guillain-Barré : risque extrêmement rare, de l'ordre de 1 à 2 cas par million de doses (ANSM, 2023). Ce risque est plus élevé après une grippe naturelle.
Le vaccin grippe ne contient pas de virus vivant : il ne peut pas provoquer la grippe. Les syndromes pseudo-grippaux observés après vaccination sont soit des effets indésirables brefs, soit des infections virales concomitantes (coronavirus, rhinovirus) sans rapport avec le vaccin.
Peut-on co-administrer grippe et Covid ?
Oui. La HAS autorise depuis 2023 l'injection simultanée des deux vaccins (bras différents de préférence), sans perte d'efficacité ni augmentation des effets indésirables (Santé publique France, 2024). Cette co-administration est d'ailleurs encouragée pour simplifier la campagne automnale.
Grippe ou Covid : comment faire la différence ?
Les deux maladies ont des symptômes qui se chevauchent : fièvre, toux, courbatures, fatigue. Seul un test antigénique ou PCR permet un diagnostic de certitude. En cas de symptômes respiratoires hivernaux, un test combiné grippe/Covid est souvent réalisé aux urgences ou par le médecin traitant.
Qu'est-ce que la grippe saisonnière, vraiment ?
La grippe est une infection virale respiratoire causée par les virus Influenza, principalement de types A et B. Elle se transmet par gouttelettes (éternuement, toux) et par les mains contaminées portées au visage. Après une incubation de 1 à 4 jours, elle se manifeste brutalement par :
- Fièvre élevée (> 39 °C), frissons, courbatures intenses.
- Céphalées, asthénie profonde.
- Toux sèche, maux de gorge, écoulement nasal.
- Parfois troubles digestifs (nausées, diarrhée), surtout chez l'enfant.
La guérison spontanée survient en 5 à 10 jours. Mais la grippe peut se compliquer de pneumonies virales ou bactériennes (surtout à pneumocoque), d'aggravations de maladies chroniques, de déshydratation chez le sujet âgé. C'est là où la vaccination prend tout son intérêt.
Couverture vaccinale en France
Malgré la gratuité et la mobilisation annuelle, la couverture vaccinale reste insuffisante :
- 65 ans et plus : 51 % en saison 2023-2024 (objectif cible 75 %).
- Adultes à risque < 65 ans : 35 à 40 %.
- Professionnels de santé : 35 à 40 % en libéral, < 30 % en hôpital.
- Femmes enceintes : < 15 %, cible 75 %.
Les freins documentés sont la méfiance (efficacité perçue faible), la lassitude pandémique, le manque d'information. La simplification des parcours (vaccination en pharmacie sans rendez-vous depuis 2019) et la co-administration avec le Covid ont amélioré la couverture.
La grippe chez la personne âgée
Le risque de décès et de complications graves est concentré chez les plus de 75 ans et les personnes institutionnalisées. La mortalité hivernale liée à la grippe peut dépasser 10 000 décès par saison chez les 65 ans et plus. Le vaccin haute dose (Efluelda) a spécifiquement été développé pour cette population : il contient 4 fois la dose antigénique standard et stimule une réponse immunitaire plus forte, compensant l'immunosénescence. Son arrivée en France en 2022, remboursée pour les 65+, a modifié la pratique dès la saison 2022-2023.

Reconnaître les complications
Consulter en urgence en cas de :
- Difficulté respiratoire, essoufflement au repos.
- Douleur thoracique.
- Confusion, désorientation (surtout chez la personne âgée).
- Fièvre persistant au-delà de 5 jours ou récidivant après une amélioration initiale (risque de pneumonie bactérienne).
- Aggravation d'une maladie chronique (BPCO, insuffisance cardiaque, diabète déséquilibré).
Pourquoi l'efficacité varie-t-elle d'une année à l'autre ?
Plusieurs facteurs modulent l'efficacité vaccinale :
- Appariement antigénique : les souches choisies par l'OMS en février (hémisphère Nord) ne collent pas toujours parfaitement à celles qui circulent en novembre-décembre. En cas de dérive antigénique majeure (H3N2 notamment), l'efficacité peut chuter sous 20 %.
- Age et immunité : immunosénescence réduit la réponse vaccinale des plus âgés (d'où Efluelda haute dose).
- Comorbidités : diabète, insuffisance rénale, immunosuppresseurs réduisent la réponse.
- Mémoire immunitaire : les expositions antérieures aux mêmes souches influencent la réponse (phénomène de « péché antigénique originel »).
Ces limites n'invalident pas le principe : sur le long cours, le vaccin reste très coût-efficace pour les populations à risque.
Nouveaux vaccins et perspectives
Plusieurs approches innovantes sont en développement :
- Vaccin universel : cible la tige de l'hémagglutinine (plus conservée entre souches), pourrait offrir une protection pluriannuelle. Plusieurs candidats en phase III.
- Vaccin ARNm anti-grippe : transfert de la technologie du Covid à la grippe. Pfizer, Moderna, Sanofi ont des candidats en phase III avec premiers résultats attendus en 2026-2027.
- Vaccins combinés grippe + Covid + VRS : une seule injection pour les trois virus respiratoires d'hiver. Premiers candidats testés en 2024-2025.
- Vaccins à adjuvants améliorés pour personnes âgées (alternatives à Efluelda).
Ces innovations pourraient dans les prochaines années améliorer considérablement la protection contre la grippe, notamment chez les plus vulnérables.
Femme enceinte : double protection mère-enfant
La vaccination antigrippale est fortement recommandée pendant la grossesse, quel que soit le trimestre (HAS, 2023). Deux raisons majeures justifient cette priorité :
- Protection maternelle : la femme enceinte présente un risque accru de formes graves de grippe (hospitalisation multipliée par 4, en particulier au troisième trimestre). La grippe pendant la grossesse augmente le risque de prématurité, de mort fœtale in utero et de petit poids de naissance.
- Protection du nourrisson : les anticorps maternels franchissent la barrière placentaire et protègent le nouveau-né durant ses six premiers mois, période pendant laquelle aucun vaccin grippe n'est disponible pour lui. Cette protection passive est démontrée par plusieurs études randomisées (Zaman et al., NEJM 2008 ; Madhi et al., NEJM 2014).
Le vaccin inactivé quadrivalent est sans risque démontré pour la mère comme pour le fœtus. Il est pris en charge à 100 % et peut être administré en ville par la sage-femme, le médecin traitant, le pharmacien ou l'infirmier.
Au-delà de la vaccination : les gestes barrière
La vaccination reste la première mesure, mais elle ne dispense pas des gestes barrière en période épidémique :
- Lavage fréquent des mains à l'eau et au savon (30 secondes) ou avec solution hydro-alcoolique.
- Port du masque chirurgical en cas de symptômes, en particulier au contact de personnes fragiles.
- Aération des pièces 10 minutes deux à trois fois par jour.
- Usage de mouchoirs à usage unique, éviction scolaire ou professionnelle les jours fébriles.
- Éviter les grands rassemblements pendant le pic épidémique pour les personnes à très haut risque.
Mythes et réalités
Plusieurs idées reçues circulent et freinent la couverture vaccinale. Nous les clarifions :
- « Le vaccin donne la grippe » : Faux. Le vaccin injectable est inactivé, il ne peut pas causer d'infection. Des réactions brèves (fièvre modérée 24-48 h) sont possibles mais ne sont pas la grippe.
- « Je n'ai jamais la grippe, donc je n'en ai pas besoin » : À nuancer. Le risque existe chaque année et peut toucher n'importe qui. Au-delà de la protection individuelle, la vaccination protège votre entourage fragile.
- « Les vaccins contiennent du mercure dangereux » : Faux. Les vaccins grippe commercialisés en France sont sans thiomersal depuis 2004. Ils ne contiennent ni aluminium, ni adjuvants controversés pour la forme standard.
- « L'efficacité est trop faible pour que ça vaille la peine » : Faux. Même à 40 % d'efficacité, rapporté aux millions de vaccinés, cela représente des centaines de milliers de cas évités et des milliers d'hospitalisations en moins.
- « Mieux vaut faire la grippe pour s'immuniser » : Faux et dangereux. L'immunité acquise après infection est elle aussi souche-spécifique et ne protège pas contre les souches futures. Les complications peuvent être graves voire mortelles.
Questions fréquentes
Le vaccin grippe est-il vraiment efficace chez les personnes âgées ?
Son efficacité est plus faible chez les plus de 65 ans (20 à 40 % contre la grippe symptomatique) en raison de l'immunosénescence. Mais il réduit de 40 à 60 % les hospitalisations et la mortalité liées à la grippe. Le vaccin haute dose Efluelda, remboursé depuis 2022, améliore ces performances de 24 % chez les sujets âgés.
Puis-je attraper la grippe après avoir été vacciné ?
Oui, mais dans une forme généralement atténuée. Aucun vaccin n'est efficace à 100 %. Les cas de grippe symptomatique chez les vaccinés sont possibles, notamment lors de mésappariement antigénique (souches circulantes différentes des souches vaccinales). La protection contre les formes graves reste conservée dans la plupart des cas.
Dois-je refaire le vaccin chaque année ?
Oui. Les souches virales évoluent, la composition vaccinale est réactualisée chaque année, et l'immunité induite par le vaccin diminue en 6 à 8 mois. Une vaccination annuelle à l'automne est donc nécessaire pour maintenir une protection optimale avant le pic épidémique.
Je suis allergique à l'œuf. Puis-je me faire vacciner ?
Oui. Une allergie à l'œuf n'est plus une contre-indication (HAS 2023). Le vaccin Flucelvax Tetra, produit sur culture cellulaire, est une alternative recommandée en cas d'antécédent d'allergie grave à l'œuf. Une surveillance médicale de 30 minutes après l'injection est prudente dans ce cas.
Le vaccin grippe protège-t-il aussi contre les autres virus respiratoires ?
Non. Le vaccin grippe ne protège que contre les virus Influenza A et B. Il n'a aucune action sur le VRS, les coronavirus, les rhinovirus, l'adénovirus ou le virus de la mononucléose. Pour le Covid-19, une vaccination dédiée est nécessaire ; un vaccin contre le VRS existe également depuis 2024 pour les 75 ans et plus.
Aller plus loin
- Vaccinations adulte : calendrier officiel 20251 — Pillar de référence sur toutes les vaccinations recommandées à l'âge adulte.
- Vaccin Covid 2025-2026 : recommandations actuelles2 — Co-administration possible avec la grippe.
- Vaccin pneumocoque adulte3 — Souvent associé à la grippe chez le 65+ et les malades chroniques.
- Dépistages santé adulte : bilan complet4 — Pour intégrer la vaccination à un suivi de prévention global.
Sources et références
Réponses aux questions les plus courantes
<p>Son efficacité est plus faible chez les plus de 65 ans (20 à 40 % contre la grippe symptomatique) en raison de l'immunosénescence. Mais il réduit de 40 à 60 % les hospitalisations et la mortalité liées à la grippe. Le vaccin <strong>haute dose Efluelda</strong>, remboursé depuis 2022, améliore ces performances de 24 % chez les sujets âgés.</p>
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Sourcé auprès d'autorités indépendantes
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.
Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.
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