Vaccin contre le zona : Shingrix à partir de 65 ans
Shingrix (2 doses à M0-M2) est recommandé dès 65 ans depuis 2024 et dès 50 ans chez l'immunodéprimé : efficacité > 90 % sur 10 ans contre le zona et les douleurs post-zostériennes.

Le zona est une réactivation du virus varicelle-zona (VZV) resté latent dans les ganglions nerveux après une varicelle. Il touche environ 1 personne sur 4 au cours de la vie (INSERM, 2022), et le risque augmente fortement après 50 ans. Sa principale complication est la névralgie post-zostérienne (NPZ) : douleurs chroniques pouvant durer des mois voire des années, particulièrement invalidantes chez la personne âgée.
Shingrix : la nouvelle référence
Shingrix est un vaccin recombinant adjuvanté (glycoprotéine E du VZV + adjuvant AS01B). Il a progressivement remplacé l'ancien vaccin vivant atténué Zostavax, retiré du marché français en 2019-2020 en raison d'une efficacité moindre et d'une durée de protection plus courte. Shingrix est disponible en France depuis 2021.
Qui est concerné par la recommandation 2025 ?
Selon le calendrier vaccinal 2025 et la HAS (2023-2024) :
- Toute personne de 65 ans et plus : recommandation systématique, quelle que soit l'histoire de varicelle.
- Personnes immunodéprimées à risque, à partir de 18 ans : greffés de moelle et d'organe solide, patients sous immunosuppresseurs, patients atteints d'hémopathie maligne, VIH avec CD4 bas. Chez eux, la vaccination est prioritaire et couverte par l'Assurance Maladie.
- Adultes de 50 à 64 ans avec facteur de risque (certaines pathologies auto-immunes, corticothérapie prolongée) : vaccination recommandée au cas par cas.
Avant la modification du calendrier en 2024, la recommandation systématique débutait à 65 ans avec l'ancien Zostavax ; le passage à Shingrix a renforcé et pérennisé cette stratégie.
Schéma et remboursement
Le schéma Shingrix est simple :
- 2 doses intramusculaires.
- Espacées de 2 mois (intervalle minimal 1 mois, idéal 2-6 mois).
- Chez les immunodéprimés sévères, intervalle possible de 1 à 2 mois pour protection rapide.
Depuis 2024, Shingrix est remboursé à 65 % par l'Assurance Maladie (plus 35 % par les mutuelles) pour les 65 ans et plus et les immunodéprimés à risque. Son prix facial (environ 140 € par dose, soit 280 € le schéma complet) est donc en grande partie pris en charge.
Efficacité prouvée
Les essais de phase III ZOE-50 et ZOE-70 publiés dans le New England Journal of Medicine (Lal 2015 ; Cunningham 2016) ont montré :
- Efficacité contre le zona : 97 % chez les 50-69 ans, 91 % chez les 70+ ans.
- Efficacité contre les douleurs post-zostériennes : 89 % (50-69 ans) et 88 % (70+ ans).
- Protection maintenue à plus de 80 % après 10 ans (suivi ZOE-50 long terme, NEJM 2023).
Chez les immunodéprimés, l'efficacité est plus modeste mais reste substantielle (environ 68 à 87 % selon les populations).
Effets indésirables
Shingrix est un vaccin dit « réactogène » : les effets indésirables sont fréquents mais bénins et transitoires (48 à 72 h).
- Douleur au site d'injection (78 % des cas).
- Fatigue, myalgies, céphalées (30 à 45 %).
- Fièvre modérée (21 %).
- Frissons, symptômes pseudo-grippaux (20 à 25 %).
- Effets graves extrêmement rares ; anaphylaxie < 1/100 000 doses.
Il est conseillé d'anticiper ces effets : prévoir une vaccination un jour où on peut se reposer, prévenir le patient que la deuxième dose peut être mieux tolérée ou au contraire plus réactogène selon les individus.
Contre-indications
- Allergie grave documentée à un composant du vaccin.
- Episode de zona en cours (reporter jusqu'à résolution complète).
- Maladie fébrile aiguë (reporter de quelques jours).

À noter : contrairement à l'ancien Zostavax, Shingrix étant un vaccin non vivant, il n'y a plus de contre-indication formelle chez les immunodéprimés — au contraire, ils sont une cible prioritaire.
Cas particuliers
- Antécédent de zona : la vaccination reste recommandée, le zona pouvant récidiver. Attendre 1 an environ après l'épisode.
- Personne ayant reçu l'ancien Zostavax : revaccination par Shingrix recommandée au moins 1 an après (HAS, 2023).
- Co-administration : possible avec la grippe saisonnière le même jour (dans deux bras différents). Avec le vaccin Covid, un intervalle de 7 jours est parfois suggéré en raison de la réactogénicité cumulée.
Le zona : ce qu'il faut comprendre avant la vaccination
Le virus varicelle-zona se tapit dans les ganglions sensoriels après une varicelle. Chez 20 à 30 % des personnes exposées, il se réactive un jour ou l'autre — plus souvent à partir de 50 ans, en cas de stress, de fatigue, de corticothérapie ou d'immunodépression. La réactivation entraîne une éruption vésiculeuse douloureuse le long d'un trajet nerveux (dermatome), le plus souvent thoracique ou trigéminé (face).
La douleur précède parfois l'éruption de 48 à 72 h, ce qui peut conduire à des errances diagnostiques (péricardite, cholécystite, sciatique). Le diagnostic est clinique dans la majorité des cas ; la PCR sur lésion permet une confirmation rapide si nécessaire. Le traitement antiviral (valaciclovir, aciclovir, famciclovir) dans les 72 h suivant l'éruption réduit la durée de la phase aiguë et diminue partiellement le risque de douleurs chroniques.
Névralgie post-zostérienne : la complication à éviter
La névralgie post-zostérienne (NPZ) est une douleur neuropathique persistant plus de 3 mois après l'éruption. Elle concerne environ 10 à 20 % des zonas de l'adulte, et jusqu'à 30 à 50 % des zonas des personnes de plus de 80 ans. Ses caractéristiques :
- Douleurs à type de brûlure, décharge électrique, allodynie (douleur au simple toucher).
- Troubles du sommeil, anxiété, dépression dans les cas sévères.
- Prise en charge difficile (antiépileptiques comme gabapentine, prégabaline ; antidépresseurs tricycliques ; patchs de lidocaïne ou capsaïcine), souvent peu efficace.
- Peut durer des mois, voire plusieurs années.
C'est essentiellement la prévention de cette complication qui justifie la vaccination systématique à 65 ans : Shingrix réduit de > 85 % le risque de NPZ chez le sujet âgé, soit un bénéfice clinique considérable.
Couverture vaccinale en France
Avant 2024, la couverture vaccinale zona chez les 65-74 ans restait inférieure à 10 % en France (Santé publique France, 2023), très en deçà de pays comme les États-Unis ou l'Allemagne où elle dépasse 30 %. Le passage à la recommandation systématique en 2024 et le remboursement à 65 % par l'Assurance Maladie devraient progressivement améliorer ces chiffres. Le rôle du médecin traitant, de l'infirmier et du pharmacien dans la promotion de la vaccination est essentiel.
Shingrix versus anciens vaccins
Le passage de Zostavax à Shingrix marque un vrai changement générationnel :
- Type : Zostavax vivant atténué ; Shingrix recombinant (non vivant, donc utilisable chez l'immunodéprimé).
- Schéma : Zostavax 1 dose ; Shingrix 2 doses.
- Efficacité à 1 an : Zostavax ~50 % ; Shingrix 97 %.
- Efficacité à 10 ans : Zostavax < 30 % ; Shingrix 80-85 %.
- Réactogénicité : Zostavax faible ; Shingrix plus marquée mais transitoire.
En pratique
Si vous avez 65 ans ou plus, parlez-en à votre médecin traitant à l'occasion d'un rappel DTP ou d'une vaccination grippale automnale. Le schéma Shingrix peut être démarré à n'importe quel moment de l'année. La 2ᵉ dose, 2 mois plus tard, sera planifiée en même temps. Pensez à tracer les doses dans votre carnet de santé et dans Mon espace santé, qui vous rappellera automatiquement les échéances vaccinales.

Zona et immunodépression : une attention particulière
Chez les personnes immunodéprimées, le zona est plus fréquent (risque multiplié par 3 à 10), souvent plus sévère (formes multimétamériques, ophtalmiques, disséminées, viscérales) et source de complications graves. La vaccination Shingrix est spécifiquement recommandée chez :
- Patients atteints de cancers hématologiques (myélome, lymphomes, leucémies).
- Greffés de moelle allogénique (dès 12 mois post-greffe environ).
- Greffés d'organe solide.
- Patients sous corticothérapie prolongée forte dose ou biothérapies immunosuppressives.
- VIH, dès que le CD4 le permet.
- Patients dialysés, transplantés rénaux.
Chez ces populations, le timing de la vaccination est discuté avec le spécialiste (oncologue, rhumatologue, néphrologue, infectiologue) pour optimiser la réponse immunitaire. L'efficacité est plus modeste mais substantielle, et la prévention de formes graves justifie la priorisation.
Ce que la France devrait apprendre des pays pionniers
Les États-Unis recommandent Shingrix depuis 2017 pour les 50 ans et plus, avec une couverture vaccinale dépassant 30 %. L'Allemagne intègre Shingrix au calendrier depuis 2018 pour les 60+ et les personnes à risque. Le Royaume-Uni l'a adopté en 2018 pour les 70 ans, avec une campagne active de rattrapage.
En France, l'enjeu principal est la montée en couverture à partir de 2024 — date du passage à la recommandation systématique à 65 ans. Les médecins traitants, pharmaciens et infirmiers sont en première ligne pour informer et proposer la vaccination. L'outil Mon espace santé permettra à terme de rappeler automatiquement l'échéance vaccinale zona aux assurés éligibles.
Durée de protection : ce que montre le suivi à long terme
Shingrix s'est progressivement imposé comme la référence en raison de sa remarquable durée de protection. Le suivi prolongé des cohortes ZOE-50 et ZOE-70 publié dans le NEJM en 2023 confirme :
- Efficacité 88,9 % contre le zona après 8 ans chez les 50-69 ans.
- Efficacité 78,2 % contre le zona après 10 ans, toutes tranches d'âge confondues.
- Pas de décroissance significative de la protection contre la NPZ sur la décennie suivie.
Ces résultats tranchent nettement avec l'ancien Zostavax (efficacité résiduelle < 30 % à 5 ans) et permettent aujourd'hui de considérer qu'un schéma complet à 65 ans peut offrir une protection sans rappel pendant plus d'une décennie. Aucune recommandation de dose de rappel n'existe à ce jour, mais la HAS ré-évaluera la question au-delà de 10 ans post-vaccination en fonction des données.
Shingrix et grossesse
Shingrix n'est pas indiqué durant la grossesse en raison du manque de données spécifiques. Si une grossesse est découverte après la première dose, la seconde dose est différée jusqu'au post-partum ou à l'issue de l'allaitement. Aucun effet délétère n'a été rapporté chez les cas exposés inadvertamment.
Conseils pour mieux vivre la vaccination
Anticiper la réactogénicité de Shingrix améliore nettement l'expérience :
- Prévoir la vaccination un jour sans engagements importants le lendemain (fatigue modérée possible).
- Hydratation correcte avant et après.
- Paracétamol en cas de fièvre ou de douleurs post-injection (à partir de 2-3 heures après, sans effet démontré sur la réponse vaccinale).
- Application de froid local en cas de douleur marquée au point d'injection.
- Ne pas hésiter à signaler tout effet inattendu au professionnel de santé ou au système national de pharmacovigilance.
Focus sur l'œil : zona ophtalmique et prévention
Le zona ophtalmique (branche V1 du trijumeau) concerne 10 à 20 % des zonas de la face et peut entraîner des complications oculaires sévères : kératite, uvéite, glaucome, atrophie optique, cécité dans les cas les plus graves. Il nécessite une consultation ophtalmologique en urgence et un traitement antiviral à forte dose.
Shingrix réduit significativement le risque de zona ophtalmique dans les populations vaccinées. Chez les patients ayant eu un zona ophtalmique antérieur, la vaccination est fortement recommandée pour prévenir une récidive, après consultation spécialisée.
Questions fréquentes
Je n'ai jamais eu la varicelle. Dois-je quand même me faire vacciner contre le zona ?
En France, plus de 95 % des adultes ont été exposés au VZV, même sans souvenir clinique de la varicelle. La recommandation s'applique donc quelle que soit votre histoire personnelle. Une sérologie n'est pas nécessaire avant la vaccination Shingrix chez les 65 ans et plus.
Pourquoi la deuxième dose est-elle nécessaire ?
L'efficacité complète du vaccin n'est atteinte qu'après les deux doses. Une seule dose offre une protection très incomplète. L'intervalle optimal est de 2 mois, mais peut être étendu à 6 mois si nécessaire sans perte d'efficacité significative (ANSM, 2023).
Shingrix est-il remboursé pour les moins de 65 ans ?
Oui pour les personnes immunodéprimées à risque dès 18 ans (greffés, chimiothérapie, immunosuppresseurs). Pour les adultes en bonne santé entre 50 et 64 ans, le vaccin n'est pas remboursé en routine et le prix complet (environ 280 €) reste à la charge du patient, sauf situation particulière discutée avec le médecin.
J'ai déjà fait un Zostavax il y a quelques années. Dois-je refaire Shingrix ?
Oui. La HAS (2023) recommande une revaccination complète par Shingrix (2 doses) au moins 1 an après Zostavax, car son efficacité décline rapidement (environ 50 % à 1 an, < 30 % à 5 ans). Shingrix apporte une protection nettement supérieure et plus durable.
Les effets indésirables de la deuxième dose sont-ils pires ?
Ils sont similaires à ceux de la première dose. Certains patients les trouvent plus marqués (fièvre, fatigue), d'autres moins. Les réactions sont bénignes et disparaissent en 48 à 72 heures. Mieux vaut prévoir la vaccination un jour où l'on peut se reposer.
Aller plus loin
- Vaccinations adulte : calendrier officiel 20251 — Pillar de référence.
- Vaccin pneumocoque adulte2 — Autre vaccination clé après 65 ans.
- Rappels DTP : calendrier adulte3 — Base du calendrier vaccinal adulte.
- Dépistages santé adulte4 — À associer au suivi vaccinal à partir de 65 ans.
Sources et références
Réponses aux questions les plus courantes
<p>En France, plus de 95 % des adultes ont été exposés au VZV, même sans souvenir clinique de la varicelle. La recommandation s'applique donc quelle que soit votre histoire personnelle. Une sérologie n'est pas nécessaire avant la vaccination Shingrix chez les 65 ans et plus.</p>
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Sourcé auprès d'autorités indépendantes
Cet article a été rédigé par Bilal YIKILMAZ, rédacteur en chef de cestlasante.com. Il n'est pas médecin : chaque recommandation ci-dessus s'appuie sur des sources médicales indépendantes, explicitement citées.
Autorités citées : HAS, INSERM, OMS.
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